TRES CHERS LECTEURS

20 janvier 2011

Très chers amis, J’aimerai tout d’abord vous remercier tous pour la confiance et la fidélité dont vous faites preuve à mon égard ainsi qu’aux informations diffusées via « Alfajiri ». L’évolution de ce blog devrait nous mener à terme vers l’ouverture d’un site internet du même nom avec un éventail d’information beaucoup plus élargi. Avant cela, « alfajiri » est désormais hébergé par la communauté wordpress à l’adresse suivante http://alfajiri1.wordpress.com/ Vos opinions, conseils et commentaires sont, bien entendu, toujours les bienvenus et j’espère vous comptez toujours aussi nombreux parmi mes lecteurs. Merci et à bientôt sur http://alfajiri1.wordpress.com/ Karel MAGABE

 

Dear friends, let me first thank you all for your trust and loyalty you have shown towards me and the information  provided by « Alfajiri.

The evolution of this blog should take us forward to opening a website of the same name with a range of information much broader. Prior to that, « Alfajiri«  is now hosted by wordpress community at the following address http://alfajiri1.wordpress.com/ Your views, advice and comments are, of course, always welcomed.

Thank you and see you on http://alfajiri1.wordpress.com/

Karel Magabe

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Infos de la semaine 43

24 octobre 2010

RD Congo
Sud-Kivu : produire plutôt qu’importer pour sortir de la pauvreté

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Au Sud-Kivu comme dans le reste de la RD Congo, tout le monde veut être commerçant. Très rares sont ceux qui cherchent à produire et arrivent à vendre. Les produits importés submergent les marchés, appauvrissant un peu plus les Congolais et, faute de contrôle rigoureux, ne font pas rentrer d’argent dans caisses de l’État.

« Les produits étrangers, agricoles et autres, remplissent les marchés du Sud-Kivu, pendant que la production agricole locale pourrit dans les champs », s’étonne Emmanuel Mushengezi, le porte-parole des associations paysannes du Sud-Kivu. Sans moyens de transport, sans maîtrise des prix, les producteurs locaux sont sacrifiés au profit des producteurs étrangers et l’économie locale régresse chaque jour un peu plus. Cette concurrence est partout ; elle touche aussi les producteurs d’eau minérale de Bukavu : 12 litres d’eau du Rwanda coûtent 14 $ contre 16 $ celle du Kivu.

Indicateurs au rouge
L’agriculture est le secteur le plus touché par ces importations, en dépit de ses énormes potentialités inexploitées. Les paysans sont découragés, fatigués de lutter seuls contre la pauvreté. Le Sud-Kivu ne consacre en effet que 1,3 % de son budget à l’agriculture ! « La négligence envers l’agriculture en tant que moteur économique et la fuite des cerveaux nous rendent impuissants face à la baisse inquiétante du niveau de vie des populations », regrette Jean-Berckmans Bengehya, responsable du Comité Inter marais du Bushi. Avec quoi payer ces produits importés, alimentaires ou autres, si on ne gagne pas d’argent en produisant et en vendant ? « Aujourd’hui, les indicateurs sont au rouge : le mode d’exploitation des espaces arables et des ressources minières a du mal à se départir de l’économie de prédation », constate l’analyste économique Michel Bisimwa.
Depuis l’indépendance, l’économie de la RD Congo a connu des hauts et bas. « Au début, elle était caractérisée par une gestion irresponsable de l’héritage colonial due à l’instabilité politique », rappelle M. Bisimwa. « Elle a été suivie d’une croissance économique et d’un renouveau de confiance de la part du secteur privé dû à la stabilité politique des années 1970″, ajoute Anatole Bashugi, le président des auditeurs du Sud-Kivu. Aujourd’hui, « la politique économique du gouvernement congolais néglige l’investissement », déclare Safanto Bulongo, du bureau d’analyses économiques Full impact, et le secteur informel occupe près de 90 % de l’activité nationale. »

Multitude de commerçants
« La crise économique et la déliquescence de l’appareil de l’État sont venues aggraver l’absence d’économie formelle basée sur la production des entreprises de portée nationale qui n’existent plus », regrette Anatole Bashugi. Très rares sont ceux qui veulent produire, la plupart des gens qui cherchent à gagner leur vie pensent d’abord à faire du commerce. Les filières d’achat et de vente s’allongent ; les intermédiaires se multiplient. Sur les étals de l’avenue Maniema à Bukavu, les vêtements et les chaussures sont fabriqués en Asie, achetés à Kampala à des commerçants qui les font venir de Dubaï ou directement d’Asie, par des Congolais qui les revendront à des vendeuses de rue… Du coup, il y a beaucoup de petits commerçants et par ricochet, beaucoup de concurrence. « Ils ont l’impression de mieux gagner leur vie qu’en produisant, mais il ne leur reste pas grand-chose après avoir payé tous les frais », explique M. Bisimwa.
En outre, chacun achète et vend ce qu’il veut et comme il veut. « Nous vendons à Bukavu les haricots venus de Goma », expliquent des vendeuses qui fixent les prix et ne sont assujetties à aucune règle commerciale. « Nous majorons les prix pour recouvrer les frais liés aux tracasseries et aux multiples taxes », expliquent-ils. Ces achats à l’étranger ne rapportent guère au pays qui doit sortir des devises pour les payer. L’État aussi est perdant, car dénonce un commerçant ambulant, les autorités chargées de l’import et l’export font semblant d’organiser les importations, mais tolèrent la fraude parce qu’elles en vivent, dénonce un commerçant ambulant.
« Le commerce des produits étrangers devrait participer au développement du pays, affirme Michel Bisimwa. Il suffit que l’État y mette des gardes fous et instaure un contrôle qui permette aux taxes et impôts de rentrer dans le Trésor public. »
Produire localement l’essentiel de ce que consomment les Congolais est la voie principale pour développer véritablement le pays. Tout le monde y gagnerait. À commencer par la production alimentaire. « Il faut promouvoir l’agriculture et valoriser la production locale par la transformation des produits locaux et en faciliter la commercialisation en élargissant les infrastructures économiques des masses et les moyens de communication », ont rappelé les évêques dans leur message à la nation, à l’occasion du 50e anniversaire de l’indépendance.

 

 

 

Infos de la semaine 42 (suite)

18 octobre 2010

RDC : James Kabarebe 48 heures à Kinshasa

Le ministre rwandais de la défense passera deux jours à Kinshasa où il doit rencontrer Charles Mwando Simba, pour discuter de la situation sécuritaire dans la région. Une visite surprise qui démontre une fois de plus la volonté de rapprochement entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda.

Afrikarabia logo.png James Kabarebe est arrivé ce dimanche à Kinshasa, une ville qu’il connait bien puisqu’il a été un personnage clé durant les nombreux conflits qui ont ébranlé la RDC. Mais cette visite est une première pour le général Kabarebe en tant que ministre de la Défense du Rwanda.

En 1996, durant la première guerre du Congo, il rejoint les rangs de l’AFDL sous les ordres de Laurent-Désiré Kabila. Ensemble, ils marchent sur Kinshasa, et en 1997 il devient chef d’état-major de la République démocratique du Congo sous le régime de Laurent-Désiré Kabila. Avec Laurent Nkunda et Salim Saleh il est suspecté d’avoir fomenté un coup d’État en 2006 au Burundi. En 1998  il organisa l’attaque contre les FARDC à Kitona au Bas-Congo dans le but de déstabiliser la République démocratique du Congo en contrôlant successivement la ville de Moanda, le barrage d’Inga plongeant Kinshasa  dans le noir mais cette tentative échoua notamment grâce à l’intervention de l’Angola, la Namibie, le Zimbabwe mais surtout la population kinoise de Kimbanseke, Masina et Ndjili qui se sont battu à main nu contre les militaire rwandais à Kinshasa Il prit par la suite part à la deuxième guerre du Congo sous les ordres du Rwanda, et en devient même le chef d’état-major à partir de 2002.

 

 

RDC : Guerre imminente au Nord-Kivu ?

Le Groupe d’Associations de Défense des Droits de l’Homme et de la Paix (Gadhop) tire la sonnette d’alarme sur la dégradation de la situation sécuritaire au Nord-Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Ces associations notent de nombreuses défections dans l’armée régulière (FARDC) de membres de l’ex rébellion du CNDP de Bosco Ntaganda. Le Gadhop dénonce une tentative de retour à la guerre imminente au Nord-Kivu.

DSC02372bois.jpg Dans un récent communiqué, le Gadhop s’inquiète « d’un mouvement généralisé de défection dans l’armée nationale (FARDC) des membres du CNDP (Congrès National de défense du Peuple) de Bosco NTAGANDA que la Société civile du Territoire de Lubero et le GADHOP dénoncent  aujourd’hui comme une tentative de retour à la guerre. »

Le Groupe d’Associations de Défense des Droits de l’Homme et de la Paix  affirme également « de sources sûres, de la tenue d’une réunion clandestine le vendredi 08 et samedi 09 octobre 2010 à Bunagana par une coalition ethnique Hutu-Tutsi pour la préparation d’une nouvelle guerre. »  Le Gadhop note enfin que « l’Est du pays étant sous le contrôle quasi-total du CNDP, de Kalemie en Ituri, dont l’intégration dans l’armée nationale a été une simple insertion dans les rangs sans la moindre formation idéologique, tout ceci au nom de la paix, il suffirait d’un coup de sifflet pour voir tous ces territoires de l’Est de la République Démocratique du Congo tomber dans un autre camp. »

Ces associations demandent donc « de mettre hors d’étant de nuire les dissidents au processus de paix  à l’Est de la République démocratique du Congo. »

Infos de la semaine 42

18 octobre 2010

L’hommage aux femmes martyres du Kivu

Colette Braeckman

 

Congo

REPORTAGE

Mwenga (Sud-Kivu)

De notre envoyée spéciale

Massés au bord de la route menant de Bukavu à Mwenga, un territoire qui plonge au cœur du Sud-Kivu, les villageois ne se souvenaient pas d’avoir jamais vu un tel cortège de voitures, amenant tant d’étrangers d’un seul coup. Et surtout, dans ce territoire minier, une sorte de Far West pluvieux, plus fréquenté par les soldats et les aventuriers que par les altermondialistes, nul ne se rappelle avoir jamais entendu parler de solidarité, de justice, de réparations…

C’est ici, à quatre heures de piste de Bukavu, que les participantes à la Marche mondiale des femmes ont tenu à venir se recueillir devant ce haut lieu du martyrologe congolais, où la première pierre d’un monument a été posée, en hommage aux treize femmes et aux deux hommes qui furent enterrés ici, en octobre 1999, jetés debout dans une fosse et lentement ensevelis sous les pelletées de terre.

Dans la foule qui se serre sous la pluie pour regarder tous ces Blancs, tous ces officiels et parmi eux la Ministre du genre et de l’enfant qui pose la première pierre d’une future maison de la femme, il y a Machozi Asoni, 60 ans. Droite, ridée, le regard perçant et la mémoire intacte. Elle se souvient de tout, elle était là lorsque les militaires, début octobre 1999, envahirent le quartier : « ils cherchaient des sorcières, des femmes qui fabriquaient des gris gris pour les Mai Mai » (ces amulettes sont censées rendre invulnérables les combattants congolais, des garçons du village qui s’opposaient à la présence des forces rwandaises). La veille, une fille qui vivait avec le chef des soldats était tombée malade et elle avait accusé les femmes de lui avoir jeté un sort… »

Machozi raconte comment sept femmes, ses voisines, furent alors enlevées, pour l’exemple : « les militaires du mouvement rebelle de l’époque, le RCD Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie, sous les ordres du Rwanda) se sont emparées d’elles, les ont frappées, emmenées au cachot. Six autres femmes et deux hommes, également suspects, allaient suivre. »

La prison est toujours là, avec ses murs délavés par les pluies et cette boue rouge qui colle aux semelles. En dessous de l’escalier, on distingue une sorte de fosse remplie d’eau : « c’est là », dit Machozi, « que les femmes ont été jetées, c’est là qu’elles ont croupi durant plusieurs jours. Nous entendions leurs hurlements, car elles avaient été frappées à la tête avec des bâtons, blessées à l’arme blanche. Avant de les précipiter dans l’eau qu’ils avaient remplie de sel, les militaires avaient couvert les femmes de pili pili, ils leur avaient ouvert le vagin avec des tiges de bois, et introduit les piments… »

Deux autres femmes, Angelina Bibiha et Naluwinja Andropine interviennent, ajoutent elles aussi leurs souvenirs : « les femmes vivaient encore lorsqu’on les a sorties de la prison. Elles ont été poussées vers le centre de Mwenga, entièrement nues, blessées, mais elles se tenaient encore droit. Un grand trou avait été creusé dans le sol, elles ont dû y entrer debout. Les militaires ont lancé des pelletées de terre sur elles, jusqu’à ce qu’elles soient ensevelies, alors qu’elles pleuraient, qu’elles criaient encore… » Tous les habitants de Mwenga assistèrent au supplice, mais les femmes sont formelles : « dans la foule, on n’entendait rien, aucun cri, aucune larme, les militaires menaçaient de tirer sur nous au moindre bruit. Ils disaient que cela devrait nous servir de leçon, que nous ne devions plus aider les Mai Mai, nos enfants qui luttaient contre les envahisseurs venus du Rwanda… »

Sur le pré boueux qui devrait servir d’aire d’atterrissage à des hélicoptères qui n’arriveront jamais à cause des pluies diluviennes, une foule compacte se serre derrière des panneaux qui réclament la justice, le départ des militaires, des réparations. Sur l’un des cartons, tenu par les « orphelins de Mwenga » quelques noms sont peints en rouge, ceux des auteurs du crime contre les femmes : Kasereka, (probablement un nom d’emprunt) qui était à l’époque commandant de la place, et venait du Nord-Kivu, Ramazani, un militaire venu d’Uvira et leur chef de l’époque, Amisi Tango Four. Les deux premiers sont, dit-on, « cachés quelque part au sein de l’armée congolaise ». Le troisième, Gabriel Amisi, a pris du galon : il est aujourd’hui commandant en chef des forces terrestres. Tous ces hommes, à l’époque, étaient des supplétifs du Rwanda qui voulait contrôler l’Est du Congo…

Aujourd’hui, bénéficiant des accords de paix de 2002, ils ont été intégrés au sein des forces gouvernementales et ont parfois changé de nom. C’est pour cela aussi qu’à Mwenga, on se méfie de l’armée : « certains visages nous donnent le frisson » disent Machozi et les autres…

Cahotant durant des heures sur la piste rouge, lisse et glissante comme du savon, les délégations de la MMF, de village en village, ont ainsi découvert les plaies béantes du Congo : les collines désertes, occupées aujourd’hui encore par les rebelles hutus qui à l’occasion rançonnent et tuent, les agglomérations surpeuplées, où se sont réfugiés les civils chassés de leurs champs, tous ces gens qui crient, se bousculent, demandent qu’on les aide enfin. Les femmes ont aussi été confrontées à la multitude des crimes toujours impunis : à Kasika, les villageois ont barré la route pour expliquer au cortège comment, le 24 août 1998, leur Mwami (roi traditionnel des Bashi) avait été tué dans l’église, comment sa femme, enceinte de jumeaux, avait été éventrée sur l’autel, comment le prêtre et les fidèles avaient été massacrés.

Dans ces campagnes du Sud-Kivu, les viols, les tueries se poursuivent et les villageois dénoncent les opérations militaires en cours : « les rebelles se vengent sur nous, les militaires nous rançonnent, la guerre nous empêche de cultiver… »

Dimanche, des milliers de femmes se sont rassemblées à Bukavu, venues des Amériques, d’Europe, de toute l’Afrique (à l’exception des femmes rwandaises, spectaculairement absentes). Elles ont fleuri un modeste rond-point créé par des rescapés de guerre, et surtout, elles ont traversé la ville en chantant, en criant leur solidarité, en réclamant que leurs sœurs congolaises reçoivent enfin justice et réparations. A Mwenga, la coordinatrice locale de la marche a résumé le sentiment général en remerciant les femmes du monde entier d’avoir fait un tel voyage : « durant longtemps, lorsque nous racontions les horreurs que nous avons connues, notre crainte, c’était que l’on ne nous croit pas. Aujourd’hui, vous avez vu et entendu… »

BRAECKMAN,COLETTE

 

 

 

Jusqu’où retentira le cri des femmes de Bukavu ?

Colette Braeckman

Du jamais vu à Bukavu ! Quinze mille femmes dans la rue, vêtues de pagnes éclatants, arborant une exigence simple « je dénonce (le viol) et je dis non », défilant en scandant le slogan déjà célèbre dans tout le Congo : « sol sol, solidarité avec les femmes du monde entier ». Reportage.

Dimanche, même la pluie avait épargné la capitale du Sud-Kivu et c’est sous le soleil que la Marche des femmes, comme un long serpent bigarré, s’est déployée dans la ville. Sur les trottoirs, les hommes, pétrifiés s’étaient arrêtés pour regarder les femmes si belles, si nombreuses, si déterminées, qui s’étaient mises en marche après avoir planté l’arbre de la paix. Elles étaient venues de partout, les Latino américaines qui semblaient marcher sur la lune et se contentaient de scander des slogans altermondialistes, les Sud Africaines au poing levé qui scandaient « Amandla », le slogan de la lutte anti apartheid, les Burundaises plus belles que jamais sous leurs ombrelles blanches, les Quebecoises, les Espagnoles, qui retrouvaient ici les organisations féminines soutenues de loin depuis si longtemps. Ici, Blanches et Noires, marchant d’un même pas, partageaient les mêmes pagnes, portaient les mêmes espérances.

La délégation venue de Belgique, mandatée par toutes les organisations féminines du pays ainsi que par les syndicats et soutenue par Joëlle Milquet, était l’une des plus remarquée par la radicalité de son slogan : « ce que la Monusco (Mission des Nations unies) ne fait pas, nous on le fera… »

La Belgique ne s’était pas contentée d’envoyer une importante délégation, et Joëlle Milquet de se faire représenter par son conseiller diplomatique Charles Delogne et par l’ancien sénateur Georges Dallemagne. Bon nombre de femmes congolaises, dont des représentantes de toutes les organisations de base du Sud Kivu assuraient que les femmes belges (de Tournai entre autres) les avaient aidées en leur offrant des pagnes, des moyens de déplacement : « Si nous sommes ici, si nous parvenons à nous faire entendre, c’est grâce à la mobilisation de nos sœurs du monde entier, et en particulier de Belgique… »

Les déléguées de la Marche Mondiale, qui avaient animé trois jours débats passionnés à l’Athénée d’Ibanda et rendu hommage samedi aux femmes ensevelies de Mwenga, étaient ici dépassées en nombre par les Congolaises, défilant en rangs serrés qui semblaient grossir de carrefour en carrefour.

Car c’est de tout le pays que les femmes congolaises avaient convergé pour rejoindre leurs sœurs en souffrance, arborant fièrement le pagne des entreprises publiques ou de leurs associations, les drapeaux de leurs provinces respectives.

« Nous avons payé nous-mêmes notre voyage » assuraient fièrement les 40 femmes venues de Kisangani, « la Province Orientale aussi a été victime de la guerre et aujourd’hui encore des groupes étrangers venus du Soudan et d’Ouganda continuent à nous agresser, il était temps pour nous de joindre notre voix à celle de nos sœurs du Kivu… »Les Kinoises, les Katangaises, assuraient quant à elles avoir organisé des cagnottes, fait le tour des entreprises publiques et privées pour réunir les fonds nécessaires au voyage « il est important d’être là, de montrer que le Congo est un seul pays, que nous sommes solidaires… »

Au cours de cette journée mémorable, les querelles des jours précédents ont été oubliées. Au début en effet, très à cheval sur leur autonomie, les organisatrices de la marche avaient refusé le soutien des pouvoirs publics, craignant les risques de récupération politique. A la veille de la manifestation cependant, alors que les délégations étrangères convergeaient déjà vers Bukavu, les représentantes de la MMF à Kinshasa et au Kivu prirent la mesure de la faiblesse de leurs moyens face à l’importance de l’évènement et elles se décidèrent à coopérer avec la ministre du genre et de la famille Marie-Ange Lukiana qui prit les choses en main, de même que le nouveau gouverneur du Sud Kivu, Marcellin Cishambo. « L’enjeu, c’est l’image de notre pays, le succès de cette rencontre internationale » assurait Mme Lukiana. En une semaine, grâce à l’appui des autorités, Bukavu changea de visage : la route menant vers l’athénée d’Ibanda fut soudain asphaltée, des kiosques apparurent, protégés de la pluie par des auvents de toile, la ville se couvrit de banderoles reprenant les exigences des femmes, les dénonciations de la violence sexuelle…

A la fin, l’une des organisatrices congolaises Janine Mukanirwa devait le reconnaître :« sans le succès des pouvoirs publics, nous n’aurions pas pu réussir cette manifestation importante » tandis que le gouverneur Cishambo rappelait « pour reconstruire notre pays, restaurer l’autorité de l’Etat, -qui seul peut rétablir une paix durable- nous devons collaborer. La société civile et les pouvoirs publics ne sont pas opposés, ils sont complémentaires… »

Contre pouvoirs, anti pouvoirs, prélude à la campagne électorale, risque de récupération politique… Dimanche, toutes ces polémiques semblaient stériles au vu de ces femmes qui défilaient coude à coude et qui emplissaient la ville de leur seule exigence : « fin à la guerre, fin à la violence… »

Comment ce cri des femmes de Bukavu pourrait-il ne pas être entendu, à New York ou à Bruxelles ? Le bon sens des femmes ne s’embarrasse pas de précautions de langage ou de périphrases diplomatiques. Ce qu’elles veulent, c’est que « ces étrangers (les Hutus rwandais) qui ont été amenés chez nous à la faveur d’un couloir humanitaire demandé par la communauté internationale et qui ont semé la mort, soient ramenés chez eux, de gré ou de force. » C’est « que les violeurs soient punis, empêchés de nuire, qu’ils soient poursuivis, même s’ils font partie de nos forces armées ou des Casques bleus », que « les victimes, qui n’ont jamais été aidées, puissent enfin espérer une réparation des dommages subis ». A cet égard, le Belge Luc Henkinbrant, responsable du Bureau des Nations unies pour les droits de l’homme compte proposer que les victimes dont le cas sera traité par la justice puissent recourir à un fonds spécial, qui leur consentira une petite avance sur d’éventuelles indemnisations.

Quant à Georges Dallemagne, soucieux lui aussi de lutter contre l’impunité, il compte bien relancer une idée simple : effectuer des tests ADN sur les femmes victimes de viols (une procédure assez peu coûteuse, déjà pratiquée pour les demandeurs de visa…) afin de pouvoir retrouver, le cas échéant, leur agresseur et le sanctionner. Durant trois ans, Avocats sans Frontières, sans résultat, a étudié cette suggestion faite à l’époque par Karel De Gucht, mais désormais Dallemagne, médecin de son état, compte bien réactiver le projet : «s’il se concrétise,en plus de la sanction éventuelle, ce test pourra aussi avoir un effet dissuasif… »

On le voit, le cri des femmes est déjà entendu, de nouvelles initiatives s’annoncent…Il est temps, car depuis les montagnes du Sud Kivu, des nouvelles inquiétantes atteignent Bukavu : désorientés, rendus furieux par l’arrestation de leur chef Callixte Mbarushimana, les rebelles hutus ont intensifié leurs attaques et, nous dit un témoin « c’est avec une rage, une violence décuplées qu’ils s’attaquent désormais aux civils… »

Le Nord et le Sud Kivu demeurent une poudrière, la guerre et la peur rodent toujours sur les collines, mais dimanche, durant quelques heures, des milliers de femmes ont bravé l’angoisse pour célébrer la solidarité, forcer le destin à se montrer plus clément.

La cérémonie de clôture, sur la place de l’Indépendance, fut à la mesure de cette matinée mémorable : alors que se terminaient les discours officiels, les derniers groupes de femmes affluaient encore, leur pas scandé par la fanfare kimbanguiste. On vit la ministre Lukiana galvaniser la foule, l’épouse du président promettre de transmettre à son époux, « le soir même » le manifeste de la marche mondiale tandis que dans la foule les « fans » d’Olive, la première dame, -qui a un charisme certain-, hurlaient de joie. On entendit aussi le gouverneur Cishambo chanter d’une belle voix de basse un hymne religieux, un chant en lingala puis s’improviser maître de cérémonies pour que tous, d’une seule traite, entonnent, à capella et le cœur aux lèvres le bel hymne national « Debout Congolais »…
Les Congolaises ont démontré, elles, qu’il y a longtemps qu’elles sont debout, qu’elles marchent, qu’elles n’ont jamais renoncé à lutter pour leurs droits et leur dignité. Et à Bukavu elles ont découvert qu’elles n’étaient plus seules dans ce combat…

COLETTE BRAECKMAN

 

Infos de la semaine 41

16 octobre 2010

Rwanda-Congo: le rapport de l’ONU dérange
(L’Express 16/10/2010)


Le document fait état d’ »actes de génocide » perpétrés contre des Hutus rwandais réfugiés en République démocratique du Congo.

Chantage, anathèmes, colères théâtrales: la tempête déchaînée par la diffusion le 1er octobre, soit un mois après la date initialement retenue, d’un rapport onusien consacré aux atrocités commises entre 1993 et 2003 sur le territoire de l’actuelle République démocratique du Congo (RDC) tend à escamoter ses enjeux essentiels. A savoir l’exigence de vérité historique et le refus de l’impunité.

De quoi parle-t-on? D’un pavé de 555 pages détaillant le « mapping » – la cartographie – des exactions fatales aux Hutus rwandais réfugiés dans l’ex-Zaïre. Un inventaire minutieux et glaçant des 617 épisodes recensés, adossés à 1500 documents, 1280 témoignages et 200 contributions d’ONG. Le document fait état de « crimes de guerre », de « crimes contre l’humanité », voire d’ »actes de génocide ».

Rien de nouveau sous le soleil d’Afrique centrale. Dès 1997, le Chilien Roberto Garreton, rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme au Zaïre, avait recouru à une terminologie identique. Laquelle a le don de déclencher la fureur du Rwanda, principal accusé, et des autres pays incriminés, à commencer par l’Ouganda. « Malveillant, choquant, ridicule, absurde », tonnent Paul Kagamé et les siens, convaincus que l’ONU cherche seize ans après, avec un zèle suspect, à couvrir ce qui fut son naufrage à l’heure du génocide antitutsi de 1994.

Il faudra une visite surprise à Kigali du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, et la promesse d’inclure en annexe les objections de ses hôtes, pour persuader le pays des Mille Collines de rengainer sa menace: le retrait des 3550 soldats de la paix déployés au Soudan.

Tragédie fondatrice, le drame de 1994 constitue le socle idéologique du régime autocratique de Kagamé. C’est pour avoir mis un terme à cet abject holocauste que le Front patriotique rwandais (FPR) a conquis les commandes d’un pays charnier. Sans doute ses leaders considèrent-ils que la reconnaissance des massacres ultérieurs de fuyards hutus saperait leur légitimité. A tort.

Une cour mixte congolais-étrangers?

Un tel aveu les grandirait au contraire. A une condition toutefois: que cette « concession » ne vienne pas alimenter la thèse inepte du double génocide chère aux révisionnistes. Proclamer un match nul dans l’horreur équivaut à nier l’unicité du projet d’extermination des cerveaux et des tueurs du Hutu Power.

Le rapport décrié n’est pas en soi un acte d’instruction, mais un outil. C’est à la future juridiction compétente qu’il reviendra de statuer sur la qualification que requièrent les faits énoncés. Quelle juridiction? Bonne question.

La Cour pénale internationale (CPI) ne peut traiter que les crimes accomplis depuis le 1er juillet 2002. Lent et lourd, le Tribunal d’Arusha pour le Rwanda a tracé les limites des instances ad hoc. Reste l’hypothèse, privilégiée par l’ONU, d’une cour mixte composée de magistrats congolais et étrangers. Formule récusée pour l’heure à Kinshasa, où l’on prétend contre l’évidence que la justice locale, pourtant sinistrée, est en mesure de s’acquitter d’une telle tâche
Par Vincent Hugeux,
 

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Infos de la semaine 41 dans infos 203461 Le système Kabila
(L’Express 15/10/2010)

Qui détient la réalité du pouvoir à Kinshasa? Zoom sur une coterie dominée par les Katangais.

« Le Petit » a survécu. Mais a-t-il vraiment grandi? Ainsi surnommé lors de son accession au pouvoir du fait de sa jeunesse – 29 ans – et de son inexpérience, Joseph Kabila Kabange, alias JKK, aura défié tous les oracles. Propulsé au pouvoir dès janvier 2001, au lendemain de l’assassinat de son père Laurent-Désiré, puis élu au suffrage universel en octobre 2006, « Jo » a beaucoup joué de cette précarité originelle, notamment auprès d’une communauté internationale qui lui témoigne une mansuétude parfois déroutante.

Il doit sa survie à la loyauté de son entourage, à une absence totale d’états d’âme, à l’efficacité de l’Agence nationale de renseignements (ANR), dont tout dissident redoute les cachots clandestins, à l’émiettement de son opposition et à une science intuitive et rustique des rapports de force. « A défaut de culture politique, il a de l’instinct, avance un expatrié familier du Palais de marbre de Kinshasa. Mais il lui manque les fondamentaux quant à la conduite de l’Etat ou de la diplomatie. Je le trouve énigmatique, introverti, méfiant, immature et irrésolu. D’ailleurs, les réformes vitales de l’armée, de l’administration, de la justice ou du dispositif territorial se font attendre. » Pas sûr qu’un tel jugement trouble l’intéressé : convaincu de n’avoir plus guère besoin de l’Occident, il mise désormais sur un partenaire empressé, cette Chine où il fut formé à la hâte à l’art militaire.

Réconciliation avec le Rwanda

Il n’empêche: autrefois crédible, la thèse de l’héritier accidentel manipulé par ses mentors et ses parrains n’a plus cours sur les rives du fleuve Congo. « Le vrai chef, c’est lui, tranche un fin connaisseur des coulisses kinoises. Il décide de tout. Mais rechigne à endosser les conséquences de ses choix. » Quitte à susciter amertume et rancoeur, Joseph a écarté au fil des ans la plupart des vieux crocodiles du marigot paternel pour se tailler un premier cercle rénové: le « clan des Katangais », hommes d’influence originaires de la province minière du Katanga, baptisée Shaba au temps du maréchal-président Mobutu. S’ils ne figurent pas dans l’organigramme gouvernemental, ces conseillers de l’ombre ont souvent davantage d’autorité que les ministres. Le plus écouté? Augustin Katumba Mwanke, député de Pweto et ambassadeur itinérant.

Apparu dès la décennie 1990 dans le sillage de Laurent-Désiré, qui le promeut gouverneur de l’ex-Shaba, cet apparatchik deviendra la pièce maîtresse du « système JKK ». Tour à tour chef d’orchestre de l’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP), coalition acquise à Joseph, et patron du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), la formation du jeune « boss », son Mazarin pèse également sur les dossiers économiques. S’il préfère par tempérament le pouvoir des antichambres à l’or des titres, Katumba pourrait revenir sur l’avant-scène dans la perspective du scrutin présidentiel prévu en 2011. Un signe? En septembre, la presse kinoise a publié un sondage à la fiabilité hasardeuse qui le place – et de loin – en tête du palmarès des parlementaires les plus populaires. Parmi les autres membres de la coterie de Lubumbashi, citons le gouverneur de la Banque centrale Jean-Claude Masangu, celui du Katanga, Moïse Katumbi, le président de la Cour suprême et… le général John Numbi, chef de la police placé en quarantaine après l’assassinat de Floribert Chebeya.

Si ambigu soit-il, le processus de réconciliation avec le Rwanda atteste l’emprise de l’axe katangais. Résumé d’un témoin : « Acte I: discussions directes entre Joseph Kabila et Paul Kagame. Acte II: Augustin Katumba fait la navette entre Kinshasa et Kigali. Acte III: Numbi l’exécutant finalise les modalités de l’accord avec son homologue rwandais. » Jugé vital pour éradiquer enfin les rébellions de l’Est, donc reconquérir au Kivu un électorat dépité par le fiasco d’une paix tant promise, ce pacte expose JKK à un sérieux péril : le regain d’ardeur des boutefeux nationalistes qui contestent sa « congolité » et le ravalent au rang de marionnette de Kigali. D’autant que les milices sous emprise rwandaise ne cessent d’étendre leur sphère d’influence foncière et minière.

Au sein de la camarilla Kabila, deux personnages atypiques méritent enfin une mention spéciale: la soeur jumelle, Jeannette, et l’homme d’affaires israélien Dan Gettler, affairiste favori du régime et généreux donateur lors de la campagne de 2006. « Plus qu’un businessman, l’ami de tous les instants », précise un expert.

S’il n’a guère grandi, « le Petit » s’est endurci. Qu’a-t-il asséné voilà peu au petit groupe de députés et de ministres désireux d’animer au sein de la mouvance présidentielle un courant « libéral » ? Ceci : « Militaires, vous seriez déjà fusillés. » Tout serait tellement plus simple si la RDC était une chambrée et le monde une caserne…

Par Vincent Hugeux, publié le 15/10/2010 à 14:00
 

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Bruits d’orage sur les grands lacs

Colette Braeckman

Alors que les averses ponctuent chaque après midi, les habitants de Bukavu en sont convaincus : « après la sécheresse, les femmes nous ont apporté la pluie ». Ils espèrent aussi que l’orage n’éclatera pas après la fin de la réunion internationale. Car les bruits de bottes se font à nouveau entendre : au Sud Kivu, plusieurs centaines de rebelles hutus burundais se sont réfugiés dans les montagnes et auraient retrouvé leurs anciens alliés hutus rwandais ainsi que des rebelles congolais.
Au Nord Kivu, des remous agitent l’armée congolaise : les anciens soldats et officiers du général Laurent Nkunda, des combattants tutsis qui avaient rejoint les forces gouvernementales après que leur chef ait été arrêté et mis en résidence surveillée au Rwanda, s’opposent à une décision de l’état major. Ils refusent de quitter leurs bastions du Kivu et de rejoindre d’autres unités à travers le pays, menaçant de changer de camp, sinon d’entamer une nouvelle rébellion. Or ces hommes, issus de l’ancien CNDP (Conseil national pour la paix et le développement), se trouvent en première ligne dans les combats contre les rebelles hutus des FDLR (Forces de défense pour la libération du Rwanda) que Kinshasa, en accord avec Kigali, veut forcer à regagner le Rwanda, des hommes qui sont accusés des pires exactions contre les populations congolaises. Une mutinerie ou des défections au sein des FARDC (forces congolaises) déstabiliserait le Nord, mais aussi le Sud Kivu, d’autant plus que les unités militaires sont établies à proximité des carrés miniers dont elles contrôlent souvent l’exploitation.
En outre, une décision radicale prise par le président Kabila sème le trouble : désormais l’exploitation minière est interdite au Nord et au Sud Kivu ainsi que dans le Maniéma, le temps pour les autorités de mettre de l’ordre dans le secteur. Les opérateurs économiques, qui avaient préfinancé les exploitants miniers, sont furieux et encombrés par leurs stocks. Mais surtout, des milliers de « creuseurs » qui, au quotidien, tiraient leur subsistance des mines de cassitérite, d’or, de coltan, sont réduits à l’inactivité.
Beaucoup d’entre eux pourraient être tentés de revenir à l’autre activité lucrative de la région : reprendre les armes, rejoindre l’un ou l’autre groupe armé et recommencer la guerre.

 

 

Bukavu, capitale de la solidarite des femmes

Colette Braeckman

Reina et Isabel, arrivées du Nicaragua et du Salvador après quatre jours de voyage, Bernadette qui représente les femmes du Burkina Faso, ou Myriam Nobre, la Brésilienne qui parle au nom de la coordination mondiale des femmes, ne rencontreront jamais Mehura, la petite Congolaise de 17 ans, qui cajole son bébé en espérant retrouver un jour sa famille…C’est pour elle cependant, et pour toutes ces Congolaises enlevées, violées, massacrées, que des centaines de femmes, venues de 148 pays, se sont réunies à Bukavu et se préparent à marcher dimanche.
A quelques centaines de mètres de l’athénée d’Ibanda, devenu pour quelques jours la capitale des femmes en mouvement, Mehura regarde le temps passer depuis le centre d’accueil du BVES (Bureau pour le volontariat au service de l’enfance et de la santé) où l’a déposée le Haut Commissariat aux réfugiés.
Voici deux ans, avec trois autres filles de Nyunzu (Nord Katanga) elle se dirigeait vers le marché de Muhuya lorsque des combattants rwandais des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) se sont emparées d’elles et les ont emmenées dans le Masisi, au Nord Kivu. « Nous étions leur butin, l’un d’eux a dit que je serais sa femme, ou plutôt son esclave. J’ai porté ses paquets, et par la suite j’ai cultivé son champ. Je devais aller vendre au marché et lui ramener l’argent, lui préparer la nourriture et la nuit, coucher avec lui. Je n’osais pas lui parler, il était brutal et les hommes qui gardaient le camp, en pleine forêt, menaçaient de nous tuer si nous tentions de fuir. Lorsque l’armée congolaise a entamé ses opérations contre les Rwandais, les autres filles ont réussi à s’échapper. Moi, je n’osais pas bouger à cause de mon bébé. L’homme, avant de fuir, l’avait appelé « Prince »… Finalement, lorsque les combats se sont calmés, je suis partie à pied vers Minova où la Croix Rouge m’a recueillie. Si je retrouve ma famille au Katanga, j’espère qu’elle ne va pas me rejeter à cause du bébé rwandais. Mehura sourit en caressant le bébé joufflu : « Prince », c’est tout ce que j’ai… »
La petite Congolaise vit à côté de Mahoro, une Rwandaise de 15 ans, qui, elle, a été violée par des groupes armés congolais. Son père est rentré au Rwanda, sa mère a épousé un Congolais qui ne veut pas d’elle, elle a mal au ventre depuis qu’elle a perdu, à sept mois de grossesse, l’enfant qu’elle portait sans même savoir qu’elle était enceinte…Elle ne sait pas qui va un jour l’accueillir. Dans un autre centre du BVES, Innocent raconte qu’il avait 10 ans lorsqu’il fut enlevé par les rebelles hutus, transformé en esclave, en porteur, durant cinq ans, tandis que Bitawa, 15 ans, qui combattit avec les rebelles congolais Mai Mai raconte fièrement qu’il était devenu « docteur » : « je fabriquais les gri gri, les amulettes qui nous protégeaient des balles.. »Aujourd’hui, il apprend à se servir d’une machine à coudre.
Dans des familles d’accueil, des centres comme celui du BVES qui héberge 400 femmes et enfants dans la seule ville de Bukavu, des centaines, des milliers de « poussières de vie » flottent ainsi entre la guerre et la paix, entre la souffrance et l’espoir.
C’est pour ces innombrables et obscures victimes des conflits qui, depuis quinze ans, ont dévasté la région que les femmes venues de 40 pays se sont réunies à l’athénée d’Ibanda. Partout dans la ville, des banderoles disent non au viol et à la servitude, à l’exploitation sauvage des ressources minières, réclament une justice efficiente. Dans le grand hall qui porte le nom de la militante belge Denise Comanne, où le vent fait bouger des rubans noués en dernière minute, les femmes racontent leurs combats, disent leurs exigences. Grands boubous, turbans audacieusement noués, entrelacs de tresses, pagnes, bijoux traditionnels, les femmes rassemblées ici sont belles, éclatantes de couleur et de diversité. Elles se succèdent à la tribune, font de longues files devant le micro, s’expriment en toutes les langues, à tout moment des applaudissements éclatent, le slogan de la marche mondiale est repris en chœur : « sol sol solidarité, avec les femmes du monde entier ». Les institutions financières internationales, instruments d’une mondialisation qui écrase les femmes, en prennent pour leur grade, les ONG du Nord, volontiers donneuses de leçons et dont les programmes s’arrêtent lorsque les subventions s’épuisent, sont mises en cause « quel développement nous ont-elles apporté depuis quinze ans? », demande une déléguée de Haïti, tandis qu’une Burundaise, fièrement, relève que la gratuité de l’enseignement primaire a été instaurée dans son pays et que les femmes enceintes ont désormais accès aux soins de santé.
Les Rwandaises, qui auraient tant à dire en matière de promotion de la femme (elles sont majoritaires au Parlement) ont renoncé à faire le voyage, arguant de questions de sécurité et beaucoup y voient un mauvais présage. En dernière minute, Joëlle Milquet a du annuler son voyage, mais la délégation venue de Belgique témoigne de la vitalité de la diaspora congolaise.
L’atmosphère est chaleureuse, désordonnée, conviviale. Toutes les femmes membres du gouvernement de Kinshasa ont fait le déplacement et, en leur nom, la Ministre du genre Marie Ange Lukiana rappelle qu’une loi sur la parité homme femme a été votée, ainsi qu’une loi interdisant les violences sexuelles. Mais de la loi à la pratique, le chemin est trop long… L’épouse du chef de l’Etat s ’insurge cependant contre cette appellation « capitale mondiale du viol » qui a été accolée à son pays et demande que « ceux qui ont amené ces groupes armés dans notre pays nous aident à les ramener chez eux… » Mme Olive Kabila surprend aussi lorsqu’elle incite les femmes à « balayer devant leur propre porte », à se montrer solidaires entre elles, par exemple en ne « chipant » pas les maris des autres, en se querellant entre belles sœurs, en n’étant pas assez attentives aux femmes âgées… Dans la salle, l’accueil est mitigé, d’aucunes y voient des messages d’ordre privé, mais beaucoup estiment aussi que la « première dame » a brisé des tabous. On se chuchote des histoires de « premiers » et « deuxièmes bureaux », on dénonce le machisme des Congolais et des hommes en général, en soulignant que la violence est aussi domestique.
A l’extérieur, dans une Foire de souveraineté alimentaire, des femmes vendent du fretin (menu poisson du lac), des pagnes, du café bio, des paniers de raphia. D’immenses photos montrent les femmes d’ici, qui gravissent les montagnes courbées sous le poids de leurs fagots. « Rien qu’en les regardant, je souffre » dit un jeune garçon, main dans les poches…
Dimanche, on marchera, sans doute dans le désordre et un joyeux tohu bohu, mais on avancera…

 

 

Infos de la semaine 40

4 octobre 2010

Les prises d’otages menacent la stabilité du Nord Kivu

(Syfia Grands Lacs/Rd Congo)

Depuis le mois d’août dernier, les prises d’otages se multiplient à Goma et dans toute la province du nord Kivu, à l’est de la RD Congo. Pointés du doigt, les ex-rebelles intégrés à l’armée congolaise nient toute responsabilité, tandis que les autorités jouent l’apaisement, afin de préserver la sécurité.

Avec plus dix personnes enlevées et tuées depuis la mi-août, dont le président de la société civile de Masisi, l’inquiétude s’installe de nouveau dans la ville de Goma, à l’est de la RD Congo. Les populations s’inquiètent et s’interrogent sur la solidité des accords de paix signés il y a un an et demi, en mars 2009.
Une partie de l’opinion publique condamne ces exactions et pointe du doigt les groupes armés, intégrés au sein des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), accusés d’être la source de l’insécurité dans le nord Kivu. « L’examen de la situation politique, sociale et sécuritaire de la ville montre que des militaires venus de différents groupes armés ont été intégrés dans la police ou dans l’armée, et sont toujours sous le commandement de leurs anciens chefs. C’est une des clauses des accords de Goma et c’est là une situation peu rassurante », explique Maître Jean-Paul Lumbulumbu, coordonnateur du Réseau des actions citoyennes des droits de l’homme. « Comment expliquer que les mêmes personnes qui ont servi la rébellion restent dans les entités qu’ils avaient contrôlées pendant la guerre ? », renchérit un habitant qui a requis l’anonymat. Dans une lettre ouverte adressée au Chef de l’État, la société civile a même accusé nommément des membres du Congrès national pour la Défense du Peuple (CNDP) d’être responsables de l’enlèvement du président de leur organisation.
Démenti formel de Kambasu Ngeve, secrétaire général du CNDP, qui propose la mise en place d’une commission d’enquête internationale pour déterminer les responsabilités dans ces affaires d’enlèvement. Selon Jules Mahamba, avocat général du même parti, les accusations sont non fondées. « Nous avons apporté la preuve que le CNDP n’a plus d’armée ou de police, mais chaque fois qu’il y a insécurité, ce sont les ex-militaires du CNDP qui sont pointés du doigt. Et on oublie qu’aujourd’hui, ils font partie des FARDC », martèle-t-il. Selon Kambasu Ngeve, le processus est long pour arriver à la paix et que « chaque partie doit respecter les engagements pris en mars 2009. Dire que le CNDP est responsable de l’insécurité est une manœuvre politicienne des autorités qui installent la terreur pour asseoir leur pouvoir ». Selon lui, le problème, c’est le manque de suivi dans l’intégration des ex-soldats rebelles, l’absence de nominations aux grades supérieurs ou à des postes politiques. Autant de motifs de frustration qui incitent certains à regagner leur ancien fief.

Démilitariser Goma
Les autorités provinciales reconnaissent leur responsabilité dans la protection des citoyens et jouent la carte de la prudence. « Nous avons réuni tout le commandement des opérations Amani Leo autour du Commandant de la 8e Région militaire ainsi que tous les compétents en matière de sécurité, et nous avons passé en revue tous les problèmes récents, notamment les enlèvements » révèle Julien Paluku Kahongya, Gouverneur de la province du Nord Kivu, qui ajoute que des mesures sont prises pour assurer la démilitarisation de la ville.
Des membres de la société civile estiment, sans trop y croire, que celle-ci pourrait en effet encourager le retour de la paix et de la sécurité. « Ce serait une solution salutaire pour la population, mais le contexte actuel n’y est pas favorable, certains militaires étant toujours sous les ordres d’anciens chefs rebelles. Le gouvernement doit faire preuve de réalisme et surtout, allier fermeté et diplomatie pour faire respecter les accords signés avec les ex groupes armés » confie Maître Lumbulumbu.
L’heure est donc à l’apaisement et le Gouverneur fait appel à la patience et au sens du devoir de ses concitoyens : « Nous devons conjuguer nos efforts pour convaincre tout le monde d’enterrer la hache de guerre, pour le retour de la paix et de la prospérité dans la province du Nord Kivu.

« 

Infos de la semaine 40 dans infos end

 


Rd Congo : les fonctionnaires mal payés sont peu zélés et corruptibles

(Syfia Grands Lacs/Rd Congo)

 

En Rd Congo, les fonctionnaires attendent souvent plusieurs mois leur très maigre salaire dont ils réclament la revalorisation depuis 2004. Le personnel politique lui, ne s’oublie pas et consomme l’essentiel du budget salarial de la fonction publique. Des retards et des inégalités qui minent la fonction publique et encouragent la corruption.

A Kolwezi, ville minière du Katanga au sud-est de la Rd Congo, les agents et fonctionnaires de l’Etat ne manquent pas d’humour quand ils évoquent la paie de leurs salaires. Ils empruntent les paroles bibliques que les chrétiens répètent quand ils évoquent la venue ou le retour de Jésus sur terre : « On ne connaît ni le jour ni le mois de la paie », ironise Samy Kasembwe, président du Syndicat des enseignants du Congo (Syeco) à Kolwezi. Fin de septembre, ils attendaient de toucher les salaires de juillet et août. « Etre fonctionnaire est un véritable calvaire », déclare Samy, qui enseigne dans un Institut technique public de la ville.
Estimés à près d’un million, les fonctionnaires congolais ont toujours reproché au gouvernement sa “mauvaise foi” pour trouver une solution à leurs problèmes. « Alors que notre salaire est déjà maigre, l’Etat nous le paie tardivement », dénonce Kabamba Nkole, un huissier qui touche 35 000 Fc (39 $) le mois. Leur mécontentement est renforcé par certaines inégalités constatées ces derniers mois, dans l’application du barème salarial. Le gouvernement a récemment accordé des augmentations aux secrétaires généraux (poste le plus élevé de la Fonction publique), qui touchent 930 000 Fc (1033 $). Médecins et magistrats ont aussi obtenu des augmentations sectorielles, après des mois de grève et de revendications.

La part belle aux politiques
Dans un mémo adressé au Premier ministre en juillet, les syndicats des fonctionnaires dénonçaient une discrimination et une mauvaise répartition des richesses nationales. Ils estimaient, en effet, que le personnel politique consomme 90 % de l’enveloppe salariale du pays, ne laissant que 10 % aux fonctionnaires. Après que le pays ait atteint, en juin dernier, le “Point d’achèvement”, processus qui efface 90 % de sa dette extérieure (près de 14 milliards de dollars), les fonctionnaires s’estiment en droit de bénéficier d’un meilleur traitement. Car le pays ne paie plus chaque mois comme avant, les 50 millions de dollars consacrés au service de la dette. « Nous exigeons l’extension du barème de Mbudi déjà payé aux secrétaires généraux, à toutes les catégories des agents et fonctionnaires de l’Etat… », réclament les syndicats.
Négocié en 2004, le barème de Mbudi avait fixé à 208 $ le salaire de l’huissier et à 2080 $ celui du secrétaire général. Mais son application devait se faire progressivement (par paliers). Aujourd’hui, avec 39 $ payés au fonctionnaire du bas de l’échelon et 1033 $ au plus au gradé, on est très loin du compte. Le gouvernement explique ces retards par le manque des liquidités. « Les recettes de l’Etat sont maigres et ne peuvent couvrir les 42 milliards de Fc (56 millions de dollars) de la masse salariale », explique le ministère congolais du Budget.

La misère entraîne la corruption…
Les syndicats ont aussi toujours réclamé l’uniformisation au niveau national du barème salarial. Il existe en effet des disparités parfois criantes entre Kinshasa et les provinces. Un instituteur gagne en moyenne 46 $ dans la capitale contre 12 $ pour son collègue de la province de Bandundu. Ces écarts sont justifiés, selon le gouvernement, par le coût de la vie qui est plus cher à Kinshasa. « Il est injuste que le salaire d’un huissier de Kinshasa dépasse celui d’un directeur en province », dénonce cependant Eric Monga, Président de l’Intersyndical des fonctionnaires au Katanga.
Tous ces problèmes qui minent depuis de longues années la fonction publique, ont fini par démotiver le personnel de l’administration. Absentéisme, manque de zèle, corruption… ont solidement pris corps dans cet important appareil de l’Etat. Formellement, « le fonctionnaire n’est présent au travail que trois jours sur six, témoigne un agent. Le reste de temps il cherche ailleurs de quoi nourrir sa famille. Et au lieu de 8 heures de travail par jour, il passe 8 heures au travail. » Enseignante, Jeannine Mwilu ne trouve pas d’autres explications à ces pratiques désormais courantes dans l’administration publique. « Maintenu dans un état chronique de misère et de non satisfaction de ses besoins primaires, le fonctionnaire qui n’est pas payé succombe à toutes sortes de tentation comme la corruption, le vol, la mendicité… »

 

 

Armand Tungulu, l’auteur d’un jet de pierre contre le convoi de Kabila, est décédé

 

 

Joseph Kabila.

 

Joseph Kabila.

(Photo: AFP)

 

Par RFI

On vient d’avoir la confirmation de la mort en prison d’Armand Tungulu Mudiandambu qui a jeté une pierre contre le convoi du président Joseph Kabila dans une rue de Kinshasa, mercredi 29 septembre. Sa mort a été confirmée ce dimanche 3 octobre par le procureur général de la République.

Joint au téléphone par RFI, le procureur général de la République, Flory Kabange Numbi, a confirmé la nouvelle du décès d’Armand Tungulu Mudiandambu, cet homme d’une trentaine d’années qui avait lancé une ou deux pierres sur la voiture à bord de laquelle se trouvait le président Joseph Kabila mercredi 29 septembre, dans une rue de Kinshasa.

Arrêté sur les lieux mêmes de son forfait, il avait été gardé dans les installations de la garde républicaine jusqu’à sa mort survenue samedi 2 octobre dans l’après-midi. Au moment de son interpellation, il avait opposé de la résistance, ce qui aurait amené les militaires à utiliser des moyens forts.

A la suite de cet événement, au moins cinq autres personnes qui se trouvaient sur place avaient également été arrêtées. Parmi elles, une avocate activiste des droits de l‘homme.

Armand Tungulu Mudiandambu vivait en Europe. Il était revenu au pays il y a environ trois semaines.

 

 

Le carnet de Colette Braeckman


Vêtements noirs, bandeau rouge sur le front « couleur du sang congolais », plusieurs femmes membres de l’association « Mama tutelema » (Mamans debout) ont choisi de veiller, dans cette petite salle de la chaussée de Wavre, de mener le deuil et surtout de témoigner de l’engagement politique et humain d’Armand Tungulu Mudiandambu. Ce dernier a été retrouvé mort dans sa cellule du camp Tshatshi à Kinshasa, où il avait été emmené par la garde présidentielle après avoir, mercredi dernier, lancé un caillou en direction du cortège présidentiel.
« Armand était un homme engagé » explique Mme Malu, « il avait fondé une petite association « un euro pour sauver le Congo ». Il avait été particulièrement révolté par les viols pratiqués dans l’Est, par la mort du militant des droits de l’homme Floribert Chebeya, et il voulait aller là bas, porter son message… » Henri Muke, président du Haut Conseil pour la libération du Congo, une association très active dans la diaspora, confirme : « Armand nous disait sa volonté d’aller témoigner sur place…Il pensait que grâce à ses nombreuses relations dans le monde politique belge, on n’oserait pas s’en prendre à lui. En outre, sa femme et ses enfants ont la nationalité belge… »Ses amis croient que mercredi midi, en voyant passer le cortège, Armand a eu un geste spontané : « il a ramassé une pierre, et a touché la jeep que conduisait Kabila. Aussitôt les gardes ont bondi, se sont saisis de lui et de deux femmes, dont une avocate qui filmait la scène. » Depuis Kinshasa, d’autres témoins nous diront que les gardes, fous de rage, s’en prirent ensuite à plusieurs ngandas (bistrots) de Lingwala où Armand Tungulu était peut-être passé avant de poser le geste qui allait lui être fatal. « C’est une provocation du même ordre que les chaussures lancées à Georges Bush par un journaliste irakien » souligne Henri Muke,
La thèse selon laquelle l’homme aurait été retrouvé mort dans sa cellule samedi matin, suicidé à l’aide d’un fil qui aurait été attaché à son oreiller ne convainct personne. « Il pesait près de 100 kilos, comment aurait il pu se pendre ? » dit l’un, tandis que d’autres rappellent que « dans les prisons du Congo, il n’y a ni drap ni oreiller ». Pour tous les Congolais de Matonge, « il est clair qu’Armand Tungulu a été battu à mort, assassiné par les gardes du président, et le maquillage du suicide est aussi grossier que les préservatifs qui avaient été déposés auprès du cadavre de Chebeya… »

Au vu de cette nouvelle mort, hélas non suspecte, on ne peut qu’avancer trois conclusions: la campagne électorale précédant les élections de 2011 a déjà commencé, elle sera dure et aura plusieurs facettes, dont les attaques directes contre Kabila, la remise en cause de ses origines (thème connu) la contestation de son action, et surtout la provocation. Sur ce terrain là, l’opposition jouera sur du velours: les services de sécurité sont nerveux, répondent brutalement à la moindre provocation; les pousse au crime ont un boulevard devant eux… Mais on peut aussi se demander si le pouvoir n’est pas séduit par le “modèle rwandais”, qui fait déjà école au Burundi: développer le pays, essayer de le faire avancer à tout va, multiplier les contrats, restaurer, autant que faire se peut, l’autorité de l’Etat et en même temps serrer la vis à l’opposition, se montrer intolérant face à la contestation et… ne pas craindre de tuer, plus pour l’exemple et la dissuasion que par goût de la répression….

 

 

 

 

 

 

Infos de la semaine 39

1 octobre 2010

 

 

Le rapport de l’ONU sur les crimes en RDC évoque la « possibilité de génocide »

 

GENEVE (AFP) – 01.10.2010 18:31

 

 

L’ONU a publié vendredi son rapport controversé sur les atrocités commises en République démocratique du Congo (RDC) de 1993 à 2003 notant que les attaques des forces rwandaises contre des réfugiés hutu « pourraient être qualifiées de génocide » si ces actes sont prouvés « devant un tribunal compétent ».

Le rapport publié par l’ONU sur les atrocités commises en RDC de 1993 à 2003, à Genève, le 1er octobre 2010 L’ONU a publié vendredi son rapport controversé sur les atrocités commises en République démocratique du Congo (RDC) de 1993 à 2003 notant que les attaques des forces rwandaises contre des réfugiés hutu pourraient être qualifiées de génocide si ces actes sont prouvés devant un tribunal compétent . AFP – Fabrice Coffrini« >voir_le_zoom : Le rapport publié par l'ONU sur les atrocités commises en RDC de 1993 à 2003, à Genève, le 1er octobre 2010

Le rapport publié par l’ONU sur les atrocités commises en RDC de 1993 à 2003, à Genève, le 1er octobre 2010

 

L‘ONU a publié vendredi son rapport controversé sur les atrocités commises en République démocratique du Congo (RDC) de 1993 à 2003 notant que les attaques des forces rwandaises contre des réfugiés hutu « pourraient être qualifiées de génocide » si ces actes sont prouvés « devant un tribunal compétent ».

AFP – Fabrice Coffrini

 

 

 

Un soldat rebelle se tient près d’un groupe de personnes à Kalemie, dans l’est de la RDC, le 2 septembre 1998 Fruit d’une enquête menée de juillet 2008 à juin 2009, le rapport de plus de 550 pages, dresse l’inventaire de 617 crimes graves ayant fait des dizaines de milliers de morts civils de 1993 à 2003 dans l’ex-Zaïre et plus particulièrement pendant les deux guerres de 1996-1998 et 1998-2001. AFP/Archives – Abdelhak Senna« >voir_le_zoom : Un soldat rebelle se tient près d'un groupe de personnes à Kalemie, dans l'est de la RDC, le 2 septembre 1998

Un soldat rebelle se tient près d’un groupe de personnes à Kalemie, dans l’est de la RDC, le 2 septembre 1998

 

Fruit d’une enquête menée de juillet 2008 à juin 2009, le rapport de plus de 550 pages, dresse l’inventaire de 617 crimes graves ayant fait des dizaines de milliers de morts civils de 1993 à 2003 dans l’ex-Zaïre et plus particulièrement pendant les deux guerres de 1996-1998 et 1998-2001.

AFP/Archives – Abdelhak Senna

Réfugiés de RDC dans le camp de Kala, à 1000 kilomètres au nord de Lusaka, le 21 décembre 2000 A New York, l’ambassadeur de la RD Congo à l’ONU a réclamé justice au nom de la République démocratique du Congo, consternée par l’étendue des crimes perpétrés et révélés dans le rapport de l’ONU. AFP/Archives – Yoav Lemmer« >voir_le_zoom : Réfugiés de RDC dans le camp de Kala, à 1000 kilomètres au nord de Lusaka, le 21 décembre 2000

Réfugiés de RDC dans le camp de Kala, à 1000 kilomètres au nord de Lusaka, le 21 décembre 2000

 

A New York, l’ambassadeur de la RD Congo à l’ONU a réclamé « justice » au nom de la République démocratique du Congo, « consternée » par l’étendue des crimes perpétrés et révélés dans le rapport de l’ONU.

AFP/Archives – Yoav Lemmer

L’ONU a publié vendredi un rapport controversé énumérant une longue liste d’atrocités commises en République démocratique du Congo (RDC) de 1993 à 2003 par plusieurs pays africains, estimant que l’armée rwandaise avait commis des crimes qui pourraient être qualifiés de « génocide ».

Le rapport de l’ONU affirme que les attaques des forces rwandaises contre des réfugiés hutu « pourraient être qualifiées de génocide » si ces actes étaient prouvés « devant un tribunal compétent ». Le rapport a été dénoncé avec virulence par le Rwanda et l’Ouganda mis en cause dans le document.

« Les attaques apparemment systématiques et généralisées (…), ayant ciblé de très nombreux réfugiés hutu rwandais ainsi que des membres de la population civile hutu et causé leur mort, révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crime de génocide », écrit l’ONU dans son rapport.

Le Rwanda a « rejeté catégoriquement » ce rapport dans un commentaire officiel joint au rapport de l’ONU publié en ligne vendredi.

En outre, le gouvernement rwandais accuse les auteurs du rapport de chercher à « valider la théorie du double génocide », selon laquelle les massacres de réfugiés hutus rwandais en RD Congo en 1996-1997 seraient à mettre sur le même pied que le génocide contre les Tutsi perpétré en 1994 par le régime extrémiste hutu alors au pouvoir à Kigali.

« Le désir de valider la théorie du double génocide est présent en permanence à travers le rapport de l’ONU en +mettant en miroir+ les acteurs, l’idéologie, et les méthodes employées pendant le génocide rwandais de 1994″, écrit le gouvernement rwandais.

L’ONU relève de son côté que « ces attaques se sont déroulées dans chaque localité où des réfugiés ont été débusqués par l’AFDL/APR (Alliance des Forces Démocratiques pour la libération du Congo-Kinshasa/Armée Patriotique Rwandaise) sur une étendue très vaste du territoire ».

Ces Hutu s’étaient réfugiés en RD Congo en raison de l’arrivée au pouvoir en 1994 à Kigali de la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) qui avait mis fin à un génocide ayant fait environ 800.000 morts, selon l’ONU, surtout parmi la minorité tutsi.

L’AFDL était dirigée par Laurent-Désiré Kabila, qui s’autoproclamera président de la RD Congo en mai 1997 après avoir reversé le maréchal Mobutu. Son fils Joseph Kabila, l’actuel chef de l’Etat, était présent dès le début de la rébellion au côté de son père.

Fruit d’une enquête menée de juillet 2008 à juin 2009, le rapport de l’ONU (550 pages), dresse l’inventaire de 617 crimes graves ayant fait des dizaines de milliers de morts civils de 1993 à 2003 dans l’ex-Zaïre et plus particulièrement pendant les deux guerres de 1996-1998 et 1998-2001.

A New York, l’ambassadeur de la RD Congo à l’ONU a réclamé « justice » au nom de son pays, « consterné » par l’étendue des crimes perpétrés et révélés dans le rapport de l’ONU.

L’Angola et le Burundi ont également « rejeté » catégoriquement le rapport de l’ONU. Le gouvernement angolais a officiellement nié « les affirmations selon lesquelles les unités des Forces armées angolaises (FAA) auraient été impliquées dans des actes contraires à sa mission ».

Dans sa préface, la Haut commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay, note que le « rapport bien qu’il ne vise ni à établir de responsabilités individuelles ni à jeter le blâme » reproduit « les récits souvent choquant de tragédies vécues par les victimes et témoins ».

Il se veut, assure-t-elle, « un premier pas vers un processus de vérité parfois douloureux mais nécessaire ». Mme Pillay a souligné qu’il est « important de rappeler que le rapport porte sur la RDC, ainsi que sur la conduite des États voisins sur le territoire de la RDC ».

Le responsable de l’Afrique à Amnesty International, Erwin Van Der Borght, estime pour sa part « assez scandaleux que des pays africains dénigrent le travail de l’ONU ».

« C’est un pas en arrière si les pays voisins rejettent le rapport parce qu’ils ont clairement un rôle à jouer » et « certaines de leurs forces étaient directement mêlées au conflit en RDC, » rappelle-t-il.

Carina Tertsakian de Human Rights Watch exhorte à une « réponse sérieuse de l’ONU et de ses membres ». « Le Conseil de sécurité de l’ONU, selon elle, devrait formellement discuter du rapport et insister pour que tous les pays impliqués aident aux efforts de faire justice ».

© 2010 AFP

 

 

 

Les voisins de la RD Congo rejettent en bloc les accusations de l’ONU

 

NAIROBI (AFP) – 01.10.2010 16:12

 

 

Rwanda en tête, les pays de la région des Grands Lacs ont catégoriquement rejeté les conclusions d’un rapport de l’ONU les impliquant dans les atrocités commises en République démocratique du Congo (RDC) voisine entre 1993 et 2003.

Des membres de la diaspora rwandaise manifestent devant les bureaux de l’ONU à Genève le 1er octobre 2010 Rwanda en tête, les pays de la région des Grands Lacs ont catégoriquement rejeté les conclusions d’un rapport de l’ONU les impliquant dans les atrocités commises en République démocratique du Congo (RDC) voisine entre 1993 et 2003. AFP – Fabrice Coffrini« >voir_le_zoom : Des membres de la diaspora rwandaise manifestent devant les bureaux de l'ONU à Genève le 1er octobre 2010

Des membres de la diaspora rwandaise manifestent devant les bureaux de l’ONU à Genève le 1er octobre 2010

 

Rwanda en tête, les pays de la région des Grands Lacs ont catégoriquement rejeté les conclusions d’un rapport de l’ONU les impliquant dans les atrocités commises en République démocratique du Congo (RDC) voisine entre 1993 et 2003.

AFP – Fabrice Coffrini

Rwanda en tête, les pays de la région des Grands Lacs ont catégoriquement rejeté les conclusions d’un rapport de l’ONU les impliquant dans les atrocités commises en République démocratique du Congo (RDC) voisine entre 1993 et 2003.

Principal mis en cause car accusé de possibles crimes de « génocide » contre les réfugiés hutu rwandais, le gouvernement rwandais a qualifié le rapport publié vendredi de « mauvais et dangereux du début à la fin ».

Fruit d’une enquête menée de juillet 2008 à juin 2009, ce document du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme dresse l’inventaire de 617 crimes graves ayant fait des dizaines de milliers de morts civils de 1993 à 2003 dans l’ex-Zaïre et plus particulièrement pendant les deux guerres de 1996-1998 et 1998-2001.

La publication non-autorisée il y a un mois d’extraits de ce rapport avait suscité la fureur du Rwanda, et contraint le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon à une visite impromptue à Kigali.

Dans un commentaire officiel joint au rapport, les autorités rwandaises ont de nouveau dénoncé « la manipulation des processus à l’ONU (…) dans le but de ré-écrire l’histoire, répartir de façon inappropriée la responsabilité du génocide rwandais (de 1994) et raviver le conflit au Rwanda et dans la région ».

Selon Kigali, « le désir de valider la théorie du double génocide est présent en permanence », théorie selon laquelle les massacres de réfugiés hutus rwandais dans l’ex-Zaïre seraient à mettre sur le même pied que le génocide contre les Tutsi perpétré en 1994 (au moins 800.000 morts selon l’ONU).

Pour le régime de Paul Kagame, le rapport ignore « le contexte historique, spécialement la menace immédiate et sérieuse (qui était) posée par des réfugiés armés et idéologiquement endoctrinés, positionnés à la frontière entre le Rwanda et le Zaïre ».

« Insulte à l’Histoire », l’inventaire de l’ONU constitue une « tentative dangereuse et irresponsable de mettre en péril la paix et la stabilité acquises dans la région des Grands Lacs (…) », toujours selon le gouvernement rwandais, qui s’est rapproché de Kinshasa depuis 2009.

Le Rwanda ne fait cependant plus référence dans son commentaire à sa menace, brandie il y a un mois, de retirer ses soldats de la paix déployés au Soudan dans le cadre de deux missions onusiennes.

Egalement pointé du doigt pour son implication dans de nombreux massacres et possibles « crimes de guerre », l’Ouganda a « rejeté dans sa totalité » le rapport de l’ONU, dont Kampala demandait même qu’il ne soit pas publié.

Dans sa réaction officielle, le gouvernement ougandais dénonce « un condensé de rumeurs, profondément erroné dans sa méthodologie, ses sources et son niveau de preuve ». Principal contributeur de la force de paix de l’Union africaine en Somalie (Amisom), Kampala menace de revoir sa participation « aux différentes opérations régionales et internationales de paix ».

Autre mis en cause, le Burundi refuse de « reconnaître un rapport qui est clairement destiné à déstabiliser la sous-région et qui n’a pas été mené de façon objective ».

« Le Burundi s’est tenu à l’écart du conflit congolais et d’ailleurs, aucun gouvernement burundais n’a jamais reconnu une présence militaire au Congo », a affirmé le porte-parole du gouvernement.

L’Angola, qui fut à partir de 1998 alliée à Kinshasa, a quant à elle rejeté les « accusations » selon lesquelles ses forces armées « auraient été impliquées dans des actes contraires à sa mission ».

Seule la RDC a salué le rapport onusien, document « détaillé » et « crédible » qui démontre « l’horreur indicible et l’étendue des crimes que le peuple congolais a endurés », selon son ambassadeur aux Nations Unies.

© 2010 AFP

 

 

L’ONU publie son rapport sur les crimes commis au Congo

Colette Braeckman

Malgré la levée de bouclier des pays mis en cause, qui ont menacé de retirer leurs contingents militaires mis à la disposition des Nations unies en Somalie et au Soudan, le Haut-commissariat pour les droits de l’homme (HCDH) de l’ONU a tenu bon: son rapport publié vendredi sur les massacres commis au Congo de 1993 à 2003 – des dizaines de milliers de morts –, reprend, de manière pratiquement inchangée, le véritable catalogue de l’horreur dont une première version avait déjà été révélée fin août dernier.
Dressant l’inventaire des atrocités commises dans l’ex-Zaïre, devenu République démocratique du Congo, le rapport définitif atténue cependant, dans un bel exercice de litote onusienne, l’accusation d’actes de génocide commis par la coalition menée par les forces rwandaises, accusation qui avait provoqué la fureur de Kigali. Le rapport final écrit en effet que «les attaques apparemment systématiques et généralisées ayantciblé de nombreux réfugiés hutus rwandais ainsi que des membres de la population civile hutue et causé leur mort, révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crime de génocide.»
Ce terme, fût-il employé au conditionnel à propos du massacre des réfugiés hutus, a provoqué un mois de négociations au plus haut niveau. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon s’est rendu au Rwanda pour dissuader Kigali de retirer ses 3.300 Casques bleus au Darfour, tandis que le président Kagame tentait de susciter une réaction commune des six pays (Rwanda, Ouganda, Burundi, Zimbabwe, Angola et Tchad) mis en cause par le rapport.
Dans des commentaires séparés, l’Ouganda a fait savoir qu’il rejetait ce texte en bloc. Le porte-parole du gouvernement burundais, récusant le document, a estimé «qu’il était destiné à déstabiliser toute la sous-région» et a rejeté toute implication de l’armée burundaise.
A Kinshasa, où un processus de normalisation des relations avec les voisins est en cours, c’est la prudence qui a prévalu: aucun commentaire officiel n’a été livré avant la publication du texte définitif. L’ambassadeur congolais à l’ONU, M. Atoki, a cependant exprimé un sentiment largement partagé: «Ce rapport fend le cœur. Le gouvernement congolais et moi-même, à titre personnel, sommes consternés devant cette horreur indicible et l’étendue des crimes que le peuple congolais a endurée>».
L’ambassadeur a aussi indiqué que son pays étudierait l’option suggérée par le rapport, qui préconise la création «
Tel est précisément le but du rapport, selon la Haut-Commissaire aux droits de l’homme Navy Pillay le document, «qui parle de lui-même représente, souligne-t-elle, un «exercice préliminaire et non une enquête judiciaire».Même si c’est à un tribunal compétent qu’il appartiendra de retenir ou non le terme «génocide», le rapport du HCDH représente déjà un acte d’accusation accablant à l’encontre de tous les protagonistes des crimes commis depuis 1993 sur des civils. Il rappelle les guerres atroces qui, jusqu’en 2003, n’avaient suscité que l’indifférence de la communauté internationale, leur ampleur étant sous-estimée. C’est pourquoi les enquêteurs se sont penchés sur tous les témoignages courageusement recueillis par la société civile congolaise. Ils ont rencontré 1.280 témoins en vue de corroborer ou d’infirmer les accusations initiales et analysé 1.500 rapports.
S’attachant à démontrer la gravité et l’ampleur des actes commis, les enquêteurs ont maintenu confidentielles les informations concernant l’identité des criminels présumés, mais leur base de données pourrait être mise à la disposition d’éventuels tribunaux.
A ce sujet, le rapport souligne à quel point l’appareil judiciaire congolais demeure faible. Le document consacre une large place à des crimes qui se poursuivent de nos jours encore: le recrutement d’enfants par les groupes armés, l’exploitation sauvage des ressources et surtout les violences sexuelles, pratiquées par tous les groupes en présence. Cependan, s’il a suscité un tel tollé c’est parce que le document revient sur des épisodes que la région s’efforce d’oublier les tueries qui ont jalonné la première guerre du Congo, où les réfugiés hutus rwandais ont été traqués jusque dans la province de l’Equateur, et la violence qui s’est abattue sur les populations congolaises

 

 

Le Rwanda récuse le rapport de l’ONU

Colette Braeckman

Relayant les critiques virulentes de la ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikwabo, son compatriote le député Denis Polisi de passage à Bruxelles, nous a redit le mal qu’il pense du rapport de l’ONU

 

 

Les faits vrais et la vérité des faits

Colette Braeckman

Qu’il s’agisse de ses succès en matière de santé publique, de lutte contre la corruption ou d’engagement au sein des troupes onusiennes, le Rwanda se veut un pays modèle. Mais le passé rattrape cruellement le bon élève : le rapport publié par l’ONU relate des faits bien réels, la traque impitoyable des réfugiés hutus rwandais qui n’avaient pas pris le chemin du retour, les tueries de civils congolais par l’armée rwandaise ou par ses supplétifs locaux.
La paix, la sécurité que tous souhaitent retrouver dans la région ne s’édifieront pas sur la négation de la souffrance des victimes ; les charniers du Congo doivent être rouverts au même titre que l’ont été les fosses communes du Rwanda : tous les peuples ont droit à la vérité, seule la mémoire assumée, la réparation, sinon le châtiment des coupables peuvent être des gages de guérison et de réconciliation. Cependant, l’addition de faits vrais ne rend pas encore la vérité des faits : s’il représente un premier pas, le rapport de l’ONU demeure insuffisant. Quinze ans après la tragédie, l’exercice de vérité doit être affiné, il doit s’étendre au contexte, à tous les protagonistes.
Si la responsabilité de certains acteurs non africains (les Français qui soutenaient l’ancien régime rwandais, les Américains qui voulaient la chute de Mobutu, les multinationales qui lorgnaient les ressources du Congo) n’est pas rappelée, si l’ONU et ses agences ne balaient pas elles-mêmes devant leur porte, l’effort actuellement mené demeurera vain et contesté.
En outre, si une justice internationale se met en place, l’Union africaine doit impérativement y être associée, sous peine de voir se creuser davantage le fossé entre ce continent et ceux dans le monde qui le jugent sans l’aider suffisamment.

 

 

Ce que le mapping report ne dit pas

Colette Braeckman

Les enquêteurs du Haut Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU ont compilé les rapports d’époque, entendu 1280 témoins, vérifié leurs sources. Mais aligner des faits vrais ne suffit pas à cerner toute la vérité. L’abominable tragédie qui s’est déroulée dès octobre 1996 dans l’Est du Congo a des racines au Rwanda, elle est la conséquence directe du génocide et de l’exode vers le Congo de plus d’un million et demi de réfugiés hutus. Ces derniers étaient encadrés par les autorités administratives et militaires du régime déchu et criminel, des cadres qui emmenaient en exil aussi bien les fonds de la Banque nationale qu’un armement considérable. Leur exode avait été rendu possible par l’Opération française Turquoise qui avait créé une zone de sécurité dans l’Ouest du pays. Dans ces camps installés sur la frontière, pris en charge par le Haut commissariat des réfugiés de l’ONU et gérés par de nombreuses ONG, le droit humanitaire fut bafoué dès la première heure : les militaires et les miliciens ne furent pas désarmés, les tueurs se mélangèrent aux civils sans être autrement inquiétés, les autorités de l’ancien régime maintinrent leur emprise sur leurs administrés, les dissuadant de regagner le Rwanda car elles voulaient se servir de cette masse pour négocier un éventuel retour au pouvoir.
Dès le 7 avril 1995, à l’occasion du premier anniversaire du déclenchement du génocide, Paul Kagame, alors ministre de la Défense, avait déclaré dans une interview au Soir : « je ne vois pas comment (ces réfugiés) pourraient tenter un retour offensif et réussir : nous avons démontré notre supériorité militaire. Quant aux pays qui les aident, ils devraient savoir que, nous aussi, nous avons les moyens de leur créer de sérieux problèmes. »Et il ajoutait : « personne ne veut mettre de l’ordre dans cette situation qui a assez duré, il faudra bien que nous le fassions nous-mêmes… »L’avertissement était clair mais nul n’en tint compte.
A cette époque déjà, alors que les Etats Unis et l’Union européenne dépensaient un million de dollars par jour dans les camps de réfugiés contrôlés par les extrémistes et que les incursions se multipliaient en territoire rwandais, Kigali, dans la plus grande discrétion, se préparait à désamorcer la menace. Des Tutsis congolais, originaires du Masisi (Nord Kivu) ou des montagnes du Sud Kivu (les Banyamulenge) qui avaient combattu dans les rangs du FPR depuis le début de la guerre de 1990, étaient invités à rejoindre, dans la plus grande discrétion, un mouvement armé qui se mettait en place à Kigali : l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo. Sur le conseil du président tanzanien Nyerere, un opposant congolais, Laurent Désiré Kabila, avait été convoqué à Kigali et invité à devenir le porte parole, ou plutôt l’alibi congolais du mouvement. Le vétéran, qui, au delà du démantèlement des camps de réfugiés, souhaitait chasser du pouvoir un Mobutu qu’il combattait depuis les années 60, avait discrètement pris contact avec la diaspora congolaise, demandant à ses partisans de se tenir prêts à le rejoindre.
Les Américains suivaient activement ces préparatifs : Richard Orth, l’attaché militaire à Kigali, et Peter Whaley, le numero deux de l’ambassade assistaient aux réunions, tandis que ses amis du Pentagone fournissaient à Kagame et ses hommes l’équipement nécessaire : six vedettes rapides patrouillant sur le lac Kivu, des équipements radio, du matériel d’écoute et de décryptage de communications satellites. Plus tard, les Américains communiqueront à leurs alliés les photos satellites indiquant où se trouvent les groupes en fuite. Une société privée, la MIPRI (Military Professional Inc) basée en Virginie, fut également associée à l’opération.
Une armée composite se met en place, où se retrouvent des militaires du FPR auxquels les Américains ont dispensé une formation spéciale, des Ougandais, des Burundais, des Erythréens et Somaliens recrutés par les Américains, ainsi que des opposants congolais convoqués par Kabila.
En octobre 1996, les hostilités éclatent au Sud Kivu, attribuées à de jeunes Tutsis congolais, les Banyamulenge. Très vite, le mouvement rebelle s’empare de Bukavu, puis de Goma. Dans la capitale du Sud Kivu, Laurent Désiré Kabila, qui campe dans la résidence du gouverneur, nous assure : « cette fois c’est du sérieux, nous irons jusque Kinshasa, nous chasserons Mobutu… »
Aucun journaliste n’étant autorisé à se rendre sur le front, il fallut du temps pour reconstituer le déroulement des opérations. Les camps de réfugiés furent encerclés, bombardés, et un million de civils, pris dans un mouvement en tenaille, furent pratiquement obligés de fuir en direction du Rwanda, où ils furent tout de suite redirigés vers leurs collines. Le deuxième temps fut le pire : alors que le général canadien Baril assurait que, tous les réfugiés étant rentrés au Rwanda, le déploiement d’une force internationale n’était pas nécessaire et que l’ambassadeur américain à Kigali estimait que 20.000 Hutus seulement se trouvaient encore au Congo, en réalité, un demi million de civils, qui s’étaient d’abord entassés dans le camp de Mugunga, impitoyablement bombardé, partaient dans l’autre sens, s’enfonçant vers l’intérieur du vaste Congo, encadrés par des hommes en armes. Ces derniers mettaient en œuvre une technique éprouvée, celle du « bouclier humain », où des civils, femmes et enfants étaient placés en première ligne, protégeant les dignitaires et le soldats.
Cette course-poursuite à travers la forêt, en direction de Kisangani, où les Français avaient recruté des mercenaires serbes ayant œuvré à Srebenicsa pour se porter au secours d’une armée congolaise défaillante, représente l’une des pages les plus atroces et les moins connues de l’histoire du Congo. En effet, d’un côté, alors que les troupes mixtes de l’AFDL poursuivent leur progression et que Kabila, maintenu à l’arrière, n’est amené dans les villes qu’après leur chute, une autre guerre est menée par les Tutsis congolais formés au Rwanda (de 5 à 10.000 hommes) et les unités spéciales rwandaises.
La mission de ces équipes de tueurs, de véritables commandos de la mort, qui opéraient de manière autonome au sein des troupes rebelles, était de liquider les « génocidaires » et leurs alliés. L’entreprise était plus sophistiquée qu’il n’y paraissait : ces hommes étaient dotés de matériel de communication perfectionné et avaient infiltré des « facilitateurs » dans les équipes du HCR et des organisations humanitaires. Alors que ces dernières tentaient de retrouver les réfugiés pour tenter de leur porter secours, les « facilitateurs » communiquaient aux militaires la localisation exacte des fuyards.
Dans ces groupes, femmes et enfants placés en première ligne, réceptionnaient et transportaient l’aide humanitaire, récupérée ensuite par les combattants qui se cachaient dans la forêt. Lorsque survenaient les militaires de l’AFDL, les civils étaient les premières victimes. De nombreux Congolais qui avaient pris la fuite aux côtés des Hutus furent également massacrés. Au Nord et au Sud Kivu, de nombreux Hutus de nationalité congolaise, ou d’autres groupes qui avaient sympathisé ou collaboré avec les réfugiés, furent également liquidés sans pitié : convoqués à des réunions ou des meetings en plein air, ils furent tués sans distinction et jetés dans des fosses communes.
A Rutshuru, au Nord Kivu, la population a vécu dans la terreur jusque 2005 : les soldats tutsis congolais alliés des Rwandais en 1996-97 avaient entre-temps été incorporés dans le nouveau mouvement rebelle « Rassemblement congolais pour la démocratie » puis certains d’entre eux rejoignirent le chef rebelle Laurent Nkunda. Contrôlant la région, ces hommes imposaient à la population de faire silence sur les charniers qui jalonnaient la zone frontalière avec le Rwanda. En outre, l’impunité fut longtemps la règle, puisque les accords de paix de Lusaka puis de Sun City, bénis par la communauté internationale, avaient imposé le mixage et l’intégration des divers groupes armés, permettant aux tueurs de la première guerre du Congo, puis de la deuxième de devenir généraux sous la bannière des forces armées congolaises…
Durant la première guerre du Congo, il fallut sept mois à l’AFDL pour gagner Kinshasa. Le 7 juillet 1997, dans une interview à John Pomfret du Washington Post, Paul Kagame, minimisant l’apport des Congolais, (alors que Kabila avait recruté des enfants soldats par dizaines de milliers) devait reconnaître que les troupes rwandaises avaient joué un rôle majeur dans cette conquête militaire.
Si le rapport du HCDH se contente d’un sigle global « afdl-apr-fab », il faudra que les éventuelles procédures judiciaires tiennent compte des différences entre les protagonistes de cette « guerre mondiale africaine »: les Burundais ne quittèrent pas le Sud Kivu, les Angolais, appelés à la rescousse par leur vieil ami Kabila, assurèrent surtout le transport aérien des troupes et furent indignés par les massacres dont ils furent les témoins, le président du Zimbabwe Robert Mugabe se contenta, dans un premier temps d’une contribution financière, les Ougandais auraient voulu s’arrêter à Kisangani et s’assurer le contrôle de la Province Orientale et des mines d’or de l’Ituri… Quant aux Rwandais, encouragés par les Américains et les sociétés minières, ils tentèrent d’installer leurs hommes à Kinshasa jusqu’à ce que Kabila, en juillet 1998, prie ses encombrants alliés de quitter le pays. Deux jours plus tard, une autre guerre commençait…

 

Infos de la semaine 38

20 septembre 2010

Mubi

Mubi, Congo (Kinshasa)


Suspension des mines en RDC : désastre ou bénédiction ?

 

Mubi est niché à l’entrée de la mine Bisie dans le Nord-Kivu, dans la République démocratique du Congo. Un village animé de 15.000 habitants il y a quelques semaines de cela, des rues désertes aujourd’hui, après la décision prise la semaine dernière par le président de suspendre toutes les activités minières dans les trois provinces de l’est du pays.

Anneke Verbraeke

Une saignée pour la population, selon les opposants de cette décision. Une chance de faire un nouveau départ sans violence pour d’autres.

Combien de temps va durer cette suspension, personne ne le sait. Le contrôle de minerais ou des minéraux comme le coltan et la cassitérite, utilisés dans la production des téléphones portables et des ordinateurs a créé des conflits entre les groupes rebelles.

Pillages
Les rebelles et les soldats du FARDC, l’armée régulière congolaise, exploitent les minerais pour se remplir les poches. Ils obligent les mineurs de la région à travailler pour eux, volent les minerais au moment où on les transporte de la forêt vers la route principale, pillent les villages, violent, kidnappent et tuent les civils. En conséquence, la communauté est toujours pauvre, les hôpitaux ne possèdent pas de médicaments, les écoles n’ont pas de livres et les magasins sont presque vides.

Ceux qui sont opposés à la suspension pensent que ce sont toujours les mêmes qui paient le prix, à savoir les civils qui perdent leurs maigres revenus.

D’autres, comme le géologue et spécialiste en techniques agricoles Charles Hangi Bulendi, estiment que la suspension est une excellente occasion pour la population locale d’explorer d’autres moyens de gagner sa vie. Il dit que la terre aux alentours est très fertile est suffisante pour nourrir tout le monde.

« Les gens peuvent travailler dans les champs et travailler plus que dans les mines. »

Bulendi, consultant pour Beed, une importante ONG locale qui essaie de stimuler l’agriculture, affirme qu’un mineur peut gagner environ 3 dollars par jour. « S’il travaille tous les jours pendant trois mois, il peut gagner environ 300 dollars. Mais il pourrait gagner jusqu’à 1.500 dollars en cultivant des choux. »

Beed est instalée depuis trois mois à Walikale, le cœur de la région minière. Elle a débuté avec un grand jardin potager avec des choux, des tomates et des aubergines. Les gens de Beed ont enseigné aux villageois comment ils pouvaient vivrent de la campagne tout en se faisant un salaire correct.

Eau potable

 

Charles Byombe à droite

 

Charles Byombe à droite

Charles Byombe (âgé de 26 ans) travaillait comme mineur. Pendant deux mois il a dormi à côté de la mine. Il dit que ses conditions de vie en tant que mineur étaient horribles. « Il n’y a pas assez de nourriture ni d’eau potable. On vous vole les minerais. Les accidents sont monnaie courante, et nombreux sont ceux qui tombent et meurent sur la route principale, qui ne peut être rejointe qu’à pied. » Après en avoir eu assez, il a décidé de quitter les mines. A l’heure actuelle, il travaille dans les jardins de Beed. Il espère que plus personne n’aura besoin de travailler dans les mines. « Les jeunes commencent à travailler dans les mines car ils peuvent gagner de l’argent, mais je pense que l’éducation est beaucoup plus importante. »

Maintenant que les mineurs vont repartir vers Goma et Bakavu pour retrouver du travail là-bas, les habitants de Bisie espèrent que leur localité va retrouver un peu de sa tranquillité et sera moins criminelle.

 

 

Bosco Ntaganda suspendu

 

Infos de la semaine 38 dans infos BOSCO-NTAGANDAC’est l’une des décisions qui fut prise par Kagame et Kabila lors de leur tête-à-tête le 7 septembre dernier à l’investiture de Paul Kagamé : suspendre le général Bosco Ntaganda, objet de critiques de la part d’ONGs pour des violations répétées des droits de l’homme, par ailleurs recherché par la cour pénale internationale. Ils l’ont dans un premier temps démis du commandement de l’opération Amani Leo. Mis en place conjointement par les FARDC et la Monuc, l’opération Amani Leo « consiste  à protéger les populations civiles, à libérer les zones stratégiques des forces négatives, à conserver les territoires récupérés des FDLR et aider à y restaurer l’Autorité de l’Etat ».
Bosco Ntaganda a été informé de cette décision début septembre, selon le blog Congo siasa. Les présidents du Rwanda et de la RDC auraient également recommandé aux deux ailles opposées du CNDP de se rapprocher et de se réconcilier. Autre point délicat abordé par Kagamé et Kabila : le redéploiement du CNDP hors du Kivu. Une décision contre laquelle le CNDP s’est toujours élevé. Ils craignent pour leur sécurité, et pensent que leur redéploiement les affaibliraient d’un point de vue militaire. Le CNDP pourrait être redéployé au Bas-Congo.
 

 

 

 

RDC: Joseph Kabila à Luanda pour consolider les liens avec l’Angola

LUANDA (Angola) (AFP) – 20.09.2010 18:15

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, a exprimé lundi son souhait de consolider les liens entre son pays et l’Angola lors d’une courte visite officielle à Luanda.

Le président congolais Joseph Kabila à Kinshasa le 30 juin 2010 Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, a exprimé lundi son souhait de consolider les liens entre son pays et l’Angola lors d’une courte visite officielle à Luanda. AFP/Archives – Simon Maina« >voir_le_zoom : Le président congolais Joseph Kabila à Kinshasa le 30 juin 2010Le président congolais Joseph Kabila à Kinshasa le 30 juin 2010

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, a exprimé lundi son souhait de consolider les liens entre son pays et l’Angola lors d’une courte visite officielle à Luanda.

AFP/Archives – Simon Maina

Carte de la République démocratique du Congo La RDC, dont l’espace maritime est comprimé entre les provinces angolaises de Zaire et Cabinda, ne produit que 25.000 barils par jour, avec peu de puits off-shore, alors que l’Angola se dispute avec le Nigeria la place de 1er producteur de brut africain. AFP – « >voir_le_zoom : Carte de la République démocratique du CongoCarte de la République démocratique du Congo

La RDC, dont l’espace maritime est comprimé entre les provinces angolaises de Zaire et Cabinda, ne produit que 25.000 barils par jour, avec peu de puits off-shore, alors que l’Angola se dispute avec le Nigeria la place de 1er producteur de brut africain.

AFP –

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, a exprimé lundi son souhait de consolider les liens entre son pays et l’Angola lors d’une courte visite officielle à Luanda.

« Le président de la RDC a eu un entretien en privé avec son homologue (José Eduardo dos Santos), lors duquel il a été question de la consolidation de la coopération bilatérale entre l’Angola et la RDC », selon un communiqué officiel.

Les deux présidents souhaitent « une coopération plus solide et dynamique (…) à travers des actions concrètes », selon ce texte.

Joseph Kabila, qui a passé 5 heures sur le sol angolais, accompagné d’une délégation de 25 personnes, a invité à son tour le président Dos Santos à venir à Kinshasa, suite à un entretien de 45 minutes en privé.

Aucune mesure concrète n’a été annoncée, mais cette visite semble toutefois marquer un réchauffement des relations entre les pays voisins, suite aux tensions provoquées en 2009 par les expulsions de ressortissants congolais et angolais de part et d’autre de la frontière.

En représailles à l’expulsion d’Angola d’immigrés illégaux originaires de RDC, Kinshasa avait commencé début octobre à expulser les Angolais installés sur son territoire – souvent légalement – lors de la guerre civile (1975-2002).

Les deux pays avaient finalement suspendu ces expulsions de façon réciproque mi-octobre 2009, mais le bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies avait fait état de nouvelles expulsions de Congolais d’Angola en mars dernier.

L’autre sujet de discorde entre l’Angola et la RDC, qui ne semble pas avoir été évoqué cette fois-ci, est la délimitation des frontières maritimes.

La RDC, dont l’espace maritime est comprimé entre les provinces angolaises de Zaire et Cabinda, ne produit que 25.000 barils par jour, avec peu de puits off-shore, alors que l’Angola se dispute avec le Nigeria la place de 1er producteur de brut africain.

© 2010 AFP

 

Infos de la semaine 37

14 septembre 2010

 

RDC : Vital Kamerhe candidat du MLC en 2011 ?

Alors que le parti de Jean-Pierre Bemba annonce sa participation aux prochaines élections de 2011 par la voix de François Muamba, l’hebdomadaire Jeune Afrique affirme que Vital Kamerhe aurait rencontré l’ancien vice-président de RDC dans sa cellule de La Haye en août dernier. Certains y voient un rapprochement stratégique dans la perspective du scrutin présidentiel, Kamerhe cherchant le soutien du MLC. Un axe Bemba-Kamerhe pourrait ainsi inquiéter candidat sortant, Joseph Kabila.

Vital Kamerhe peut-il jouer les troubles-fête dans les prochaines élections de 2011 ? Sans opposition unie, le président de l’actuelle République démocratique du Congo (RDC), risque de bénéficier d’un boulevard pour sa réélection. Jean-Pierre Bemba (MLC) est en prison, Etienne Tshisekedi (UDPS) apparaît vieillissant et son parti Image 1.pngdivisé… mais un trublion pourrait venir créer la surprise : il s’agit de l’ancien président de l’Assemblée nationale, le bouillonnant Vital kamerhe.
On se souvient de sa tonitruante démission de l’Assemblée nationale en 2009, de son opposition aux contrats chinois et de son désaccord avec le président Kabila sur l’intervention rwandaise au Nord-Kivu. Candidat déclaré aux prochaines élections présidentielles de 2011, Vital Kamerhe, « l’homme de l’Est » semble  chercher des partenaires et des soutiens… notamment dans l’Ouest du pays. Sa visite à Jean-Pierrre Bemba tombe à pic, l’ancien vice président est encore très bien implanté en Equateur et à Kinshasa. De là à devenir le candidat du MLC, il y a encore un long chemin à parcourir. Kamerhe pourrait décider de monter une coalisation avec le parti de Jean-Pierre Bemba où appeler à voter MLC. Mais une autre hypothèse circule à Kinshasa : avec Bemba en prison et Mwamba qui a du mal à tenir ses troupes en l’absence du chef… Kamerhe pourrait bien proposer de devenir le candidat de l’opposition institutionnelle aux élections et faire ainsi main basse sur le MLC.
Pour l’heure, François Muamba, le secrétaire général du MLC, vient in extremis d’annoncer la prochaine participation du parti aux élections de 2011… comme pour  se positionner en candidat légitime et incontournable.

Christophe Rigaud

 

 

Est RDC: début d’opérations militaires anti-rebelles dans une zone minière

 

KINSHASA (AFP) – 14.09.2010 12:24

 

 

L’armée congolaise s’apprête à mener des opérations dans le territoire minier de Walikale, dans l’est de la RDC, en proie à des violences récurrentes commises par des groupes armés qui exploitent illégalement des mines, a-t-on appris mardi de sources militaires.

Carte de la République démocratique du Congo L’armée congolaise s’apprête à mener des opérations dans le territoire minier de Walikale, dans l’est de la RDC, en proie à des violences récurrentes commises par des groupes armés qui exploitent illégalement des mines, a-t-on appris mardi de sources militaires. AFP – « >voir_le_zoom : Carte de la République démocratique du Congo

Carte de la République démocratique du Congo

 

L’armée congolaise s’apprête à mener des opérations dans le territoire minier de Walikale, dans l’est de la RDC, en proie à des violences récurrentes commises par des groupes armés qui exploitent illégalement des mines, a-t-on appris mardi de sources militaires.

AFP –

L’armée congolaise s’apprête à mener des opérations dans le territoire minier de Walikale, dans l’est de la RDC, en proie à des violences récurrentes commises par des groupes armés qui exploitent illégalement des mines, a-t-on appris mardi de sources militaires.

Le chef d’état-major des Forces armées de la RDC (FARDC), le général Didier Etumba, devait se rendre mardi à Walikale, chef-lieu du territoire éponyme situé dans l’ouest de la province du Nord-Kivu (est), pour lancer les opérations, a indiqué à l’AFP sans autre précision le colonel Bobo Kakudji, chef des opérations au Nord-Kivu.

« On doit en finir » avec les rebelles hutu des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui ont fui d’autres territoires pour le Walikale, recouvert par la forêt équatoriale, a ajouté un porte-parole militaire.

Vendredi, le président Joseph Kabila a décidé de « suspendre l’exploitation minière » au Nord et Sud-Kivu et au Maniema, en raison « des activités de groupes mafieux » dans les mines de ces provinces, au sous-sol riche notamment en cassitérite -étain, utilisé dans la soudure-, coltan -abréviation de colombo-tantalite, utilisé dans les téléphones et ordinateurs portables-, et en or.

« On va déployer une force pour traquer ces rebelles (…) qui occupent des carrés miniers », avait alors déclaré à l’AFP la ministre provinciales des mines, ajoutant que les opérations militaires pourraient durer un à deux mois.

Selon un communiqué du ministre national des mines, M. Kabila avait dénoncé « l’implication manifeste » d’autorités locales, provinciales et nationales, civiles et militaires, dans le commerce illicite des minerais.

Outre les FDLR et des milices locales, certains officiers FARDC, notamment d’ex-membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), une rébellion ralliée à Kinshasa début 2009 et dont la majorité des combattants ont été intégrés dans l’armée, sont aussi accusés de tirer profit de l’exploitation des mines.

La situation s’est aggravée ces dernières semaines dans les Kivu, où, selon l’ONU, plus de 500 viols systématiques ont été commis de fin juillet à fin août, principalement par des groupes armés.

© 2010 AFP

 Infos de la semaine 37 dans infos 200461 RDC : Les soldats angolais accusés d’atrocités

(Afriqu’Echos Magazine 15/09/2010)

Un récent rapport des Nations Unies sur les violations des droits de l’homme en RDC met en cause les troupes angolaises accusées d’exactions commises dans ce pays entre 1993 et 2003. Les cas dénoncés concernent « des viols systématiques de femmes et de jeunes filles, des assassinats arbitraires de civils et des pillages ». Sur les pages 169 et 170 de ce rapport, on peut notamment lire : « Les Forces armées angolaises ont tué des civils, y compris des femmes et des enfants, qui tentaient de les empêcher de pratiquer de tels abus, elles se sont aussi livrées à des viols et à des pillages des hôpitaux et d’habitations. (…) les biens volés auraient été acheminés en Angola par voie fluviale, par route voire par hélicoptère ».

Ce rapport, très bien fourni qui mentionne des dates et des lieux précis, a suscité l’indignation de nombreuses organisations de la société civile angolaise qui exigent des explications de la part des autorités angolaises qui, jusqu’ici, n’ont pas réagi. C’est le cas de l’association OMUNGA qui, par la voix de José Patrocínio dénonce le silence des autorités. : « Si ces accusations de l’ONU étaient infondées, le gouvernement angolais aurait demandé des explications et des éléments de preuve tels que décrits dans le rapport. Or, ce n’est pas le cas. Dès lors, nous ne pensons pas que le rapport de l’ONU soit truffé de faussetés ». L’association a formalisé sa position en adressant des courriers au chef de l’État angolais, au chef d’État major des FAA, au ministre de la défense, au secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme ainsi qu’au ministre des Relations extérieures.

Dans ce courrier, l’Ong OMUNGA exige des autorités angolaises des excuses aux citoyens congolais pour ces crimes présumés et l’ouverture d’une enquête afin de dédommager les familles des victimes de ces violations. |Jossart Muanza (AEM)

mardi 14 septembre 2010 Jossart Muanza(AEM)

© Copyright Afriqu’Echos Magazine

 

 

RDC : l’armée en ordre de bataille à Walikale

Ce territoire est le fief des rebelles hutus rwandais FDLR et de la milice congolaise Mai Mai-Cheka, qui y exploitent illégalement des carrés miniers.

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Photo: AP

D’ex-miliciens congolais exploitant une mine d’or

Dans la foulée de la suspension des activités minières dans l’Est de la RDC,  l’armée congolaise s’apprête à déclencher une offensive dans le territoire de Walikale. L’information a été confirmée à la VOA par le porte-parole des opérations militaires au Nord Kivu, le major Sylvain Ekenge.

Ce territoire est le fief des rebelles hutus rwandais FDLR et de la milice congolaise Mai Mai-Cheka, qui y exploitent illégalement des carrés miniers. En outre, ces deux groupes armés ont été mis en cause récemment dans les viols collectifs de quelque 240 femmes et jeunes garcons dans la localité de Luvungi.

Le chef d’état major des FARDC, le général Didier Etumba, est déjà sur place, à Walikale, pour préparer les opérations militaires, a déclaré le major Sylvain Ekenge.  « Nous allons vraiment mettre le paquet dans cette partie du territoire du Nord-Kivu pour que nous puissions en découdre une fois pour toute avec les FDLR », a-t-il souligné.

 

 

 

 

 

Infos de la semaine 36 (suite)

11 septembre 2010

RDC: Kabila veut suspendre l’exploitation minière dans le Nord et Sud-Kivu

KINSHASA (RDC) (AFP) – 10.09.2010 18:41

Le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila, a décidé de « suspendre l’exploitation minière » notamment dans les provinces du Nord et Sud-Kivu (est), au sous-sol riche et où des groupes armés contrôlent des mines, a déclaré vendredi à l’AFP le ministre provincial des mines du Nord-Kivu.

Le président de la RDC Joseph Kabila, le 30 juin 2010 Kinshasa Le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila, a décidé de suspendre l’exploitation minière notamment dans les provinces du Nord et Sud-Kivu (est), au sous-sol riche et où des groupes armés contrôlent des mines, a déclaré vendredi à l’AFP le ministre provincial des mines du Nord-Kivu. AFP – Simon Maina« >voir_le_zoom : Le président de la RDC Joseph Kabila, le 30 juin 2010 Kinshasa

Le président de la RDC Joseph Kabila, le 30 juin 2010 Kinshasa

Le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila, a décidé de « suspendre l’exploitation minière » notamment dans les provinces du Nord et Sud-Kivu (est), au sous-sol riche et où des groupes armés contrôlent des mines, a déclaré vendredi à l’AFP le ministre provincial des mines du Nord-Kivu.

AFP – Simon Maina

Le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila, a décidé de « suspendre l’exploitation minière » notamment dans les provinces du Nord et Sud-Kivu (est), au sous-sol riche et où des groupes armés contrôlent des mines, a déclaré vendredi à l’AFP le ministre provincial des mines du Nord-Kivu.

« Le chef de l’Etat a pris la décision de suspendre l’exploitation minière dans les trois provinces de l’ex-Kivu (Nord-Kivu, Sud-Kivu et Maniema) pour assainir ce secteur et donner (de meilleures conditions de) vie aux populations qui vivent dans la pauvreté et l’insécurité », a affirmé D’Assise Masika, ministre provincial des mines du Nord-Kivu.

« La mesure concerne tout l’ancien Kivu pour ne pas laisser le couloir aux fraudeurs qui pourront quitter le Nord-Kivu pour le Sud-Kivu. Ca peut prendre un à deux mois et on va déployer une force pour traquer ces rebelles (…) qui occupent des carrés miniers », a ajouté le ministre, interrogé par téléphone depuis Goma, la capitale du Nord-Kivu, où se trouve le président Kabila.

Un communiqué officiel confirmant la décision présidentielle doit être prochainement publié, a indiqué le ministre.

Le Nord et le Sud-Kivu sont très riches en minerais, principalement la cassitérite -minerai d’étain, utilisé dans la soudure-, et le coltan -abrégé de colombo-tantalite, utilisé dans les téléphones et ordinateurs portables, consoles de jeux…-. On y trouve également des gisements d’or.

L’exploitation illégale de nombreuses carrières se fait sous le contrôle de groupes armés actifs dans ces deux provinces, surtout de la rébellion hutu des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Certains officiers de l’armée congolaise, ex-membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un groupe rebelle congolais rallié à Kinshasa début 2009, et dont la majorité des combattants ont été intégrés dans l’armée, tirent aussi profit de l’exploitation de certaines mines.

La situation sécuritaire s’est aggravée ces dernières semaines au Nord et au Sud-Kivu, où, selon l’ONU, plus de 500 femmes et enfants ont été victimes de viols systématiques, commis de fin juillet à fin août, principalement par des groupes armés.

Dans un rapport publié en novembre 2009, des experts mandatés par l’ONU estimaient que l’exploitation par les FDLR de la cassitérite et de l’or dans les deux Kivu fournissait à ce mouvement « des millions de dollars de financement direct ».

Près de Walikale au Nord-Kivu, la mine de Bisié, d’où provient environ 70% de la cassitérite de la province, se trouve elle sous le contrôle d’anciens du CNDP intégrés dans l’armée.

Le 24 juillet près de Walikale, des rebelles des FDLR et des miliciens Maï Maï avaient attaqué un avion petit porteur utilisé pour le transport à Goma de la cassitérite extraite à Bisié. Ils avaient pris en otage le copilote indien avant le relâcher cinq jours après.

FDLR et Maï Maï ont renouvelé l’opération contre deux autres aéronefs au même endroit le 1er septembre et détiennent depuis le pilote ukrainien et le copilote congolais d’un des avions.

© 2010 AFP